Un factographe redoutable. Yoann Loubier ne sort jamais sans son appareil photo. Toujours sur le qui-vive pour capter en temps réel un coucher de soleil ou nos volcans d’Auvergne. Yoann nous partage son métier passion dans ce nouveau portrait. A retrouver en podcast sous ce lien ou en article.
Bonjour Yoann, peux-tu déjà commencer par nous révéler ta semaine type ?
Bonjour Lucas, je n’ai pas trop de semaine type à vrai dire. Sache que j’ai arrêté de pratiquer tous les jours la photographie. Tout simplement car je n’en vivais plus. Donc à côté, j’ai trouvé un boulot alimentaire. Il me permet de travailler de nuit et ainsi de profiter de mes journées.
Ton organisation de travail t’offre donc plus de libertés pour tes activités de photographe.
Comme ça, je peux partir me faire plaisir au moment où les conditions se présentent le mieux pour la photo. Ce qui fait que ma journée type peut s’improviser sur une impulsion d’un lever de soleil ou d’une belle météo. Par exemple, ce week-end, on m’a demandé un portrait. Et grâce à cette organisation, j’ai pu donner facilement rendez-vous à la personne pour le lendemain matin même.
« L’aventure est toujours au bout du chemin, même s’il est sans issue. »
Qui te demande ces photos ? Quels sont tes clients ? Plutôt des cibles institutionnelles, des particuliers…
Au tout début, je faisais beaucoup de photos d’œuvres d’art provenant d’artistes contemporains. Après, je me suis mis aux portraits d’artisans ou de créateurs d’entreprises. Des communautés de communes et des parcs régionaux naturels me demandaient également des commandes pour valoriser les artisans.
Et en ce moment, je travaille beaucoup avec des artistes autour de la mise en scène. Ça m’arrive aussi de prendre une petite photo pour des portraits d’écrivains afin d’illustrer leur livre. Mon travail de photographie varie énormément.
Des prérequis pour devenir photographe
As-tu d’ailleurs des lieux extérieurs que tu préfères ? Je pense bien que le Massif Central offre de multiples opportunités.
Comme la communauté des photographes le répète, il existe tellement de coins et de recoins dans le Massif Central. Même si on a l’impression d’avoir parcouru beaucoup d’endroits et connu beaucoup de chouettes moments, on a toujours quelque chose à découvrir. Des lieux insolites ou des lieux un peu reculés, où on serait passé 10 ans avant sans prendre le temps de s’arrêter. Donc l’aventure est toujours au bout du chemin, même s’il est sans issue.
Est-ce que ça t’arrive parfois de prendre ta voiture et d’aller te balader en nature avec ton appareil photo, comme ça sur le coup ?
Comme je te disais au début, il suffit que je sorte du boulot à 7h du matin pour direct aller à la pêche aux images. S’il fait beau le matin et que je vois que j’ai du temps pour valoriser ce paysage, effectivement, je pars musarder et rencontrer des gens.
J’appelle tout simplement ça des prélèvements. Je m’en vais faire des prélèvements photographiques, autant de la matière que du paysage, autant du portrait que de la découverte d’un lieu insolite.
« Toujours savoir anticiper ce qu’il va se passer. »
Comment sais-tu, Yoann, si ta photo est réussie ? Si on peut appeler réussite, une belle photo. Quels sont tes critères pour qualifier une photo de belle ?
Une belle photo, c’est avant tout une photo qui me plaît. Souvent, c’est une photo que j’arrive à prendre de suite. Je ne tarde pas à avancer, reculer, chercher le bon cadrage… Non, la spontanéité comme maître-mot.
Si j’estime un décalage entre la vision de mon œil et la reproduction de ce cliché par l’appareil photo, ça aboutira à un problème technique où la photo ne me plaira pas. Si le bon cadrage arrive rapidement, je pourrais là obtenir la photo que je désire.
Selon toi, quelles doivent être les grandes qualités chez un photographe ?
Tout d’abord, être curieux. La curiosité amène à aller voir les choses et les personnes, sans pour autant devenir intrusif. Du coup, le métier demande aussi du respect envers les gens. Il faut faire en sorte de ne pas les froisser, parce qu’à l’époque, détenir un appareil photo dans la rue paraissait agressif, même si l’arrivée du téléphone portable a démocratisé l’usage.
On en vient donc à des qualités comme la discrétion, la rapidité ou l’observation. Toujours savoir anticiper ce qu’il va se passer. Par exemple sur un reportage, peut-être aller courir 100 mètres pour se placer devant au bon moment, et ainsi bénéficier de la bonne vision.
De père en fils
Maintenant, confie-nous les raisons de ton attachement à la photographie. D’où vient cette passion ?
Mon père était photographe amateur. Il m’a beaucoup nourri de diaporamas. Attention, pas des soirées diaporamas bien ennuyeuses. Absolument pas ! Il tenait des soirées où il mettait en valeur la construction et la recherche des couleurs et du cadrage.
Mon père pratique la photo parce qu’à l’origine il aimait beaucoup son département natal, la Lozère. Et moi, à force de voir les images qu’il capturait, ça m’a donné envie d’en faire. Cette envie est arrivée tout jeune d’ailleurs, dès l’âge de 7 ans. Enfant, j’adorais les photos d’automne ou d’été qui claquaient en couleurs.
Et en dehors de ton père, t’inspires-tu d’autres photographes au jour le jour ?
Moi je me rapproche un peu de Raymond Depardon. Il est d’origine paysanne, comme mon père. Je trouve qu’il avait la bonne démarche pour la prise de clichés. Il a su saisir les bonnes occasions quand il l’a fallu, puis ça lui a amené une belle carrière.
« Le factographe, c’est un mélange entre « facto », soit l’immédiateté, et « photographe ». »
Mais que serait un photographe sans un appareil photo ? Est-ce que tu peux nous parler un peu du tien ?
J’en ai déjà un à chaque œil. Des fois, je regrette que la technologie ne soit pas suffisamment avancée pour y glisser directement nos cartes mémoire. Mais bon, cette avancée n’est pas encore au programme, donc j’ai toujours mon Canon EOS 5D.
Mon appareil a déjà une quinzaine d’années maintenant, mais je lui ai acheté des optiques, qui sont censées durer toute notre vie, donc je suis tranquille. Je me suis d’ailleurs imposé une règle de ne pas trop cumuler de matos, pour des raisons de coût, de poids et d’utilité vu qu’un photographe ne se sert pas de tous les outils.
A ton sujet, j’ai retrouvé un article de La Montagne, datant de 2012, qui te caractérise comme un « factographe ». Tu le définis comme « le fait de capter le réel ». Est-ce que tu te qualifies toujours aujourd’hui de factographe ?
Le factographe, c’est un mélange entre « facto », soit l’immédiateté, et « photographe ». J’avais soufflé ce nom à La Montagne le jour où ils m’ont interviewé. Je trouvais ce terme assez rigolo, puis le journaliste l’a gardé.
Je profite de ce bond dans le temps pour raconter tes expériences antérieures. Tu as notamment travaillé pour des musées. Narre-nous ce que tu faisais dans ces antres culturels ?
Effectivement, j’étais au musée de Grenoble. Là-bas, j’étais en studio et je faisais de la reproduction d’œuvres d’art. Je répondais au service documentation, qui avait des besoins particuliers pour conserver les données à jour.
Parmi les missions qu’il m’attribuait, fallait par exemple photographier en urgence d’une œuvre, pour tel musée dans le monde entier. Ou il fallait reprendre en photo une œuvre, car l’antérieure commençait à dater. A Grenoble, j’avais vraiment tous les moyens pour bien travailler.
La presse a besoin de photos !
On sort du studio et on part sur le terrain. Tu as aussi collaboré avec La Montagne. As-tu apprécié travailler pour une rédaction de presse ?
Je travaillais pour La Montagne durant quelques saisons d’été, comprenant 4 à 5 mois. J’aimais bien le côté reportage, en plus en pleine saison avec les « Estivités » de La Montagne, c’était plutôt sympa. Tu vas à la foire de Brion, faire un peu de ski-nautique pour évidemment illustrer l’article. Tu participes à l’activité pour en dégager ton reportage. Et les gens t’invitent toujours avec un superbe sens de l’accueil.
Prendre une photo pour une rédaction de presse, c’est totalement différent que prendre une photo pour un musée ou pour toi en tant qu’indépendant. Tu dois adopter cette facette informative. Est-ce que tu as imprégné cette facette ?
Si on a besoin d’information, il faut la photo qui va nous résumer toute l’histoire de la journée ou de l’événement en question. C’est pour cette raison que nous partons en reportage.
Il faut aussi savoir que les photographes ne choisissent pas la photo retenue dans l’article. A La Montagne, je mettais toutes mes photos dans le serveur du journal. J’en postais environ une dizaine. Puis les journalistes décidaient de retenir celle qui leur convenait le mieux, à partir de leurs critères.
Explique-nous comment se passaient les relations avec les journalistes à La Montagne. Vous travailliez en binôme ou étais-tu plutôt seul dans ton coin ?
Justement, à l’époque, c’était encore en binôme. On partait régulièrement dans la même voiture. Et c’est grâce à cette collaboration que j’ai pu apprendre comment fonctionnait la presse.
Mais des fois, j’avais l’impression que certains journalistes nous prenaient un peu de haut. Après, ça ne me marquait pas plus que ça. Je me faisais quand même plaisir à faire la photo. Puis souvent, j’arrivais quand même à m’entendre avec le journaliste sur quelle photo opter.
« Découvrir un lieu intéressant et prendre du plaisir à capter ces images, ça me motive vraiment. »
Quand tu allais sur un événement avec le journaliste, est-ce que tu as pu développer ton œil journalistique ? Comme poser des questions aux acteurs.
Alors si j’étais avec un rédacteur, effectivement je ne posais pas beaucoup de questions. Je me limitais à quelques interrogations personnelles. Mais je n’avais pas le temps d’en poser. Effectivement, tu prends un moment pour te concentrer sur ton cadrage et sur l’instant vif. Donc je me cachais souvent derrière mon appareil photo.
Faut savoir Yoann que tu n’es pas un simple photographe, tu es également trésorier du Club de la Presse. Une fonction importante au Club. Explique-nous l’intérêt pour un photographe de rejoindre un Club de la Presse, composé de journalistes et de communicants ?
Rejoindre un Club de la Presse permet de garder un petit réseau et de se tenir au courant des dernières informations novatrices qui sont sorties. C’est bien ça : réseauter pour trouver du boulot dans la photo et s’informer de ce qui se passe dans notre région. Voici mes principales motivations.
A travers des événements ou des informations transmises par le Club, as-tu déjà récupéré des inspirations de clichés ?
L’année dernière, j’aurais bien aimé visiter la centrale nucléaire avec le Club. Nous les photographes, nous aimons le graphisme et l’architecture. Et une centrale nucléaire, ce n’est pas un lieu commun. On rentre dedans impressionné.
Découvrir un lieu intéressant et prendre du plaisir à capter ces images, ça me motive vraiment. Donc cette centrale nucléaire aurait pu être intéressante à visiter.
On évoque là tes relations avec les journalistes, on peut aussi aborder tes relations avec les communicants. Est-ce que tu pourrais travailler dans une agence de communication en tant que photographe ? Et ainsi, arrêter d’être indépendant ?
…
Est-ce que Yoann serait tenté par ce rôle ? Vous le saurez seulement en écoutant le podcast. Vous bénéficierez de tout le contenu de l’interview avec le Oui / Non et le jeu Good News / Fake News.
Le Top 10 du jeu Good News / Fake News
| Marion Byrne | 7/7 |
| Hadrien Barrau | 7/7 |
| Nicolas Cheviron | 7/7 |
| Cédric Motte | 6/7 |
| Géraldine Houot | 6/7 |
| Marc Chaumeix | 5/7 |
| Daniel Desthomas | 5/7 |
| Damien Caillard | 5/7 |
| Émilie Fernandez | 5/7 |
| Jean-Marie Prival | 4/7 |
| Yoann Loubier | ??? |
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