1988. L’année de création de la fédération des entreprises d’insertion. Depuis sa fondation, la fédération aide à l’insertion professionnelle et sociale des individus éloignés de l’emploi. Puis en 2024, une nouvelle main arrive pour contribuer à cette mission. Cette main, c’est celle de Nelly Coltel. Déléguée régionale à la fédération, Nelly agrège de nombreuses expériences dans le milieu associatif et dans l’économie sociale et solidaire. Abordons ses différents vécus à travers ce portrait, à croquer ici en podcast ou via l’article ci-dessous.
Pour commencer Nelly, peux-tu nous résumer, en une phrase, ta fonction à la fédération des entreprises d’insertion ?
Mon métier consiste à animer un réseau d’entreprises, qui ont la spécificité d’être des structures d’insertion avec à la fois une dimension économique et une sociale.
Parle-nous maintenant plus longuement de la fédération des entreprises d’insertion, dont tu es déléguée régionale adjointe en Auvergne-Rhône-Alpes. Quel est son rôle dans la société ?
La mission de la fédération est de représenter les intérêts de nos adhérents, que sont les entreprises d’insertion, au niveau des institutions et financeurs. Ce sont des entreprises qui produisent des biens ou des services. Elles agissent dans le champ concurrentiel et respectent donc les mêmes règles que les autres.
A la fédération, nous nouons des contacts avec elles pour leur apporter une aide juridique ou avancer sur des projets de développement économique. Et pour accomplir ces différentes tâches, la fédération compte plusieurs représentations régionales partout en France, dont celle d’Auvergne-Rhône-Alpes.
« On mélange aspect professionnel avec l’immersion en entreprise et aspect social avec les formations et le suivi spécialisé. »
Quelles personnes retrouvons-nous dans les entreprises d’insertion ?
Les entreprises accompagnent uniquement des personnes bénéficiaires de l’insertion par l’activité économique.
Par conséquent, on retrouve comme profil des personnes demandeurs d’emploi de longue durée, des bénéficiaires de minimas sociaux. On peut aussi avoir des personnes avec des parcours de vie chaotiques, comme des soucis de santé ou un passé carcéral. Et cela concerne également les gens qui éprouvent des difficultés de maîtrise dans la langue française.
Donc tout un conglomérat de personnes qui affrontent une rupture dans leur parcours professionnel.
Et comment ces personnes sont accompagnées ?
Les personnes embauchées dans l’entreprise bénéficient d’un suivi quotidien pour les accompagner vers l’emploi durable. C’est un parcours de maximum deux ans dans la structure, où nous allons régler certaines difficultés individuelles pour élaborer leur projet professionnel.
Dans ce sens, les professionnels de l’entreprise vont s’appuyer sur le réseau de partenaires sur le territoire afin d’aller chercher des compétences sur les questions de mobilité, de santé, ou autres habilités. Avec cette méthode, on mélange aspect professionnel avec l’immersion en entreprise et aspect social avec les formations et le suivi spécialisé.
Quel type de contrat s’offre-t-il à ces personnes dans les entreprises d’insertion ?
Les personnes ont un statut salarié, ce qu’on appelle un CDDI puisque le but vise la réintégration vers l’emploi. Le temps de travail se compose, au minimum, de 24 heures par semaine. Donc les contrats oscillent entre temps partiel et temps plein.
Mais en plus, ces personnes restent aussi à disposition d’autres entreprises pour des mission dans la logistique, dans le BTP, ou dans un autre secteur selon leurs envies. Et cette approche intérimaire leur permet de se tester et de juger les compétences bien acquises ou encore à développer.
Un accompagnement social fondamental
Le temps passé dans une entreprise d’insertion se partage donc entre les rendez-vous personnalisés et les expériences professionnelles.
Absolument. C’est vraiment la mise à l’emploi et l’apprentissage sur le terrain avec des compétences concrètes que nous mettons en œuvre tous les jours. Les personnes dans les entreprises d’insertion vont être directement sur la production.
Cela touche plein de domaines d’activités différents, comme je t’en citais tout à l’heure. Je peux ajouter le maraîchage biologique ou la restauration aussi. Et à côté, oui, tu auras tout l’accompagnement social et professionnel qui permet de les emmener plus loin.
Ces entreprises d’insertion représentent-elles une part importante dans la société ?
Les entreprises d’insertion sont mal connues, alors qu’elle représente un grand pan de l’économie nationale avec plus de 100 000 personnes concernées en France. Il faut savoir que l’investissement mis par l’État pour soutenir ces structures représente un gain important.
Déjà, ces entreprises créent de la richesse sur le territoire et des emplois non délocalisables. Et en plus, les salariés en parcours d’insertion bénéficieront moins de certaines aides sociales, et vont in fine contribuer au modèle économique en payant des impôts et en développant leur pouvoir d’achat.
Puis si on ne prend pas que l’argent en considération, tout l’impact humain positif est à souligner, et c’est un bénéfice immense pour la société.
« Les salariés en insertion aujourd’hui sont les futurs salariés des structures classiques du territoire. »
Quelle pierre à l’édifice apporte la fédération aux entreprises et à leurs salariés ?
Au quotidien, nous travaillons à porter l’intérêt des entreprises d’insertion au niveau institutionnel. Ce discours sur leurs nombreux avantages, nous le portons pour l’ensemble de nos adhérents.
En parallèle, nous développons des parcours pour répondre aux besoins des professionnels de ces entreprises. Effectivement, les encadrants en technique d’insertion, ceux qui accompagnent les salariés au quotidien, doivent adapter leur approche face à des personnes pouvant connaître des fragilités. Dans ce sens, nous leur proposons des formations spécifiques.
Votre rôle n’est-il pas aussi d’assurer la transition entre les entreprises d’insertion et les entreprises dites « classiques » pour les personnes concernées ?
Nous allons également vers ces entreprises classiques et nous leur parlons de l’insertion. Nous tissons donc des liens avec eux. Nous pouvons éventuellement nous porter garants des compétences des personnes dont nous avons assuré le suivi individualisé.
L’objectif reste toujours d’amener les personnes vers l’emploi durable. Et les salariés en insertion aujourd’hui sont les futurs salariés des structures classiques du territoire.
Des initiatives associatives qui ont supermarché
Tu nous réalises là une présentation complète des entreprises d’insertion et de leur fédération. Mais ton engagement social n’a pas commencé à la fédération. Par exemple en 2018, tu as participé à la mise en place d’un supermarché coopératif, nommé la Fourmilière, à Saint-Étienne. Comment étais-tu impliquée dans ce projet ?
Le supermarché coopératif, c’est des citoyens qui ont décidé de se réapproprier leur pouvoir d’achat, sur l’alimentation en particulier. Le modèle repose sur la vente de produits locaux, les plus sains possibles, et une rémunération juste pour les producteurs et les fournisseurs.
Je me suis investie dès sa création, en 2018. C’est un projet qui m’a beaucoup marqué. Une aventure humaine folle, où au début on n’y croyait pas trop. Puis les statuts sont déposés, on emménage les locaux, on trouve des partenaires, on embauche des salariés… Et là le projet prend véritablement vie.
Dans le supermarché, j’ai été fourmis, c’est comme ça que les adhérents coopérateurs de la fourmilière s’appellent. Mes responsabilités concernaient l’animation de l’équipe de bénévoles, les ressources humaines et un peu de communication.
Tu as pu connaître d’autres engagements dans le milieu associatif et dans l’ESS. Je pense par exemple à l’accompagnement de collégiennes en difficulté. Pourquoi te sens-tu à ta place dans ce milieu ?
Je m’implique depuis longtemps dans des luttes comme celles contre les inégalités, contre les discriminations, pour la solidarité et pour l’égalité. Et cette implication, elle passe par mon investissement bénévole.
Comme tu en fais part là, j’ai pu accompagner des jeunes collégiennes avec l’AFEV, une association étudiante. Je les aidais dans les devoirs, mais j’essayais également de les motiver pour réaliser des projets d’écocitoyenneté dans leur quartier.
Avec ces interactions, j’ai pu me rendre compte des nombreuses difficultés que ces filles pouvaient vivre au quotidien. Elles avaient donc besoin de ce soutien humain pour trouver des réponses à leurs problèmes.
« Le contact humain n’empêche pas aux problèmes de revenir, mais il procure un bien essentiel. »
Puis, vient ton engagement du côté de l’association Astrée. Là aussi, tu accompagnais des personnes en difficulté ?
L’objectif d’Astrée est d’accompagner des personnes plutôt isolées, qui ont du mal à trouver une écoute bienveillante à leurs problèmes. L’association n’a pas une vocation psychologique, elle vise seulement à présenter, face à elles, des individus formés à les écouter activement et sans aucun jugement.
Ce fut une expérience très riche de voir comment la relation parvenait à booster des personnes, qui arrivaient avec un moral au bas de l’échelle. Le contact humain n’empêche pas aux problèmes de revenir, mais il procure un bien essentiel.
Avant ces multiples expériences bénévoles, tu es passée par une licence en langues étrangères anglais / allemand. Que retiens-tu de ce cursus ?
Je retiens déjà un parcours scolaire réussi, car j’ai trouvé l’écart important entre le lycée et la licence en langues. Quand tu te retrouves pour la première fois dans un laboratoire de langues à traduire en direct, tu te dis qu’en France nous avons des progrès à réaliser pour mieux nous préparer aux langues étrangères dès l’école.
« Le journaliste doit essayer d’apporter des éléments factuels et sourcés. »
Peut-être les voyages Erasmus aussi ?
Effectivement, mon séjour Erasmus est l’expérience qui m’a le plus marqué pour le restant de ma vie. J’ai eu l’occasion de passer 10 mois en Allemagne, à Wuppertal. Ce séjour a constitué une incroyable phase de découvertes. J’ai noué de fortes amitiés, je me suis confrontée à d’autres cultures et méthodes de travail.
Et ce que j’ai trouvé magique, c’est que j’ai appris les langues pour communiquer plus facilement avec les gens, mais j’ai remarqué qu’on arrive toujours à trouver un moyen de communication avec une personne dont nous ne partageons pas forcément la langue. Avec les signes non verbaux, on arrive toujours à se faire comprendre. Et je trouve ça fabuleux.
Fabuleux, comme le journalisme ! Nous allons parler de ton rapport à l’information. Tout d’abord, si tu dois lister quelques grandes lignes que tu associes au journalisme, lesquelles exposerais-tu ?
Pour moi, le journaliste doit transmettre de l’information qui a été vérifiée. Effectivement, il doit essayer d’apporter des éléments factuels et sourcés. Ensuite, le mieux est qu’il puisse pouvoir parler de tous les sujets de société avec une réactivité et une présence sur le terrain.
Puis je voudrais dire un mot concernant les journalistes qui engagent leur avis dans leur article. Même si un journaliste peut prendre position dans son papier, je pense que c’est toujours bien d’amener du recul et de montrer que sa vision exposée n’est pas la seule à exister.
Parvenir à attirer les journalistes, un défi !
Je t’interroge sur ce sujet puisque tu as dû connaître quelques expériences avec les médias. Même sans aucun doute, puisque j’ai retrouvé un article du Progrès en 2020, qui concernait l’association Main d’œuvre à disposition dans laquelle tu étais assistante administrative. Comment as-tu vécu cette expérience médiatique ?
Durant cette année-là, un journaliste avait interviewé une de nos salariés en parcours d’insertion. L’idée initiale était d’expliquer en quoi notre accompagnement avait pu l’aider dans son évolution de parcours. Mais pour être parfaitement honnête, l’expérience ne fut pas très positive…
Comment ça ? Qu’est-ce qui t’a déplu ?
Il y a eu beaucoup de problèmes à la suite de cet article. Le journaliste avait déjà orienté le titre de manière un peu trop sensationnaliste. Puis même, l’article ne représentait pas, d’après moi, l’échange qu’on avait entretenu.
L’anonymat de la salariée interviewée n’a pas non plus été respecté. Il avait divulgué des informations qui pouvaient la mettre en difficulté à titre personnel. Comme je l’ai dit, on fait face à des personnes qui ont des parcours parfois très compliqués. Et là, en l’occurrence, nous nous sommes retrouvés complètement en porte à faux.
Désormais, te méfies-tu un peu plus de la presse ?
Maintenant, je pose systématiquement la question : « Est-ce que je pourrais relire ? Est-ce que vous pourriez me partager quelque chose en amont de la publication ? » Mais bon, souvent ce n’est pas le cas.
Après, je suis complètement consciente que ce n’est pas tout le temps comme l’expérience que j’ai vécue. J’ai rencontré beaucoup de structures qui ont fait appel à des journalistes et qui ont été très satisfaites de leur venu.
« Est-ce qu’il y a des thématiques qui touchent plus certains journalistes que d’autres ? »
Et depuis que tu es à Clermont-Ferrand, as-tu pu côtoyer d’autres médias ?
Alors, pas énormément, d’où aussi ma volonté de me rapprocher du Club de la Presse Auvergne. Ma présence au Club me permet de mieux comprendre le fonctionnement des différents communicants et des différents journalistes.
Cette présence conduit aussi à entrer dans les réseaux de communication. Cette entrée peut permettre à ce qu’on soit visible médiatiquement, quand on alerte les parlementaires sur les baisses budgétaires par exemple. C’est quand même bien d’avoir le soutien de la presse pour pouvoir relayer nos interpellations. Donc je me suis rendue compte que ce n’était pas facile d’être vue quand on n’a pas le réseau nécessaire.
Arrives-tu maintenant à mobiliser les journalistes ?
Cette mobilisation reste difficile à créer. Lors du lancement de notre campagne de communication au sein d’une entreprise d’insertion du territoire, on avait envoyé quelques communiqués de presse. Mais la mobilisation fut faible.
Il n’est pas évident de se mettre à la place d’un journaliste, et de savoir ce qui l’intéresserait. Est-ce qu’il y a une saisonnalité sur les sujets ? Est-ce qu’il y a des thématiques qui touchent plus certains journalistes que d’autres ?
Pour terminer par une question sur ta consommation passive de l’information. Comment t’informes-tu au quotidien ? Une actualité chaude émerge sur la scène internationale ou locale, comment es-tu au courant ?
…
Si vous, vous souhaitez être au courant des moindres détails du portrait de Nelly Coltel, cela se passe sur la version podcast. Le lien est à retrouver ci-dessous. Vous pourrez profiter du Oui / Non et du jeu Good News / Fake News.
Le Top 10 du jeu Good News / Fake News
| Marion Byrne | 7/7 |
| Hadrien Barrau | 7/7 |
| Nicolas Cheviron | 7/7 |
| Cédric Motte | 6/7 |
| Géraldine Houot | 6/7 |
| Marc Chaumeix | 5/7 |
| Daniel Desthomas | 5/7 |
| Damien Caillard | 5/7 |
| Émilie Fernandez | 5/7 |
| Jean-Marie Prival | 4/7 |
| Nelly Coltel | ??? |
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