Retour à l’école ! Les clermontois vont pouvoir en bénéficier d’une nouvelle dès septembre 2026. Et pas n’importe quel lieu éducatif… Oui, Clermont-Ferrand accueille une école de journalisme toute neuve dénommée l’IFIC. Derrière ce projet, un homme : Marc-Alexis Roquejoffre. Journaliste et directeur d’agences de communication, les expériences sont bien trop multiples qu’il fallait pour nous faire un point. Cet arrêt se matérialise par ce nouveau portrait. A lire ci-dessous ou à écouter via ce lien.

Pour commencer notre échange Marc-Alexis, on va attaquer par l’entrée. Tu es président de Marc Production et de BGC Toscane, des agences de communication à Clermont-Ferrand. Qu’apportent ces deux boites à leur client ?
Alors pour ce qui concerne Marc Production, on est bien dans une communication 360°. Cela se matérialiser par la création de sites internet et de vidéos corporate. Nous apportons une visibilité à partir d’une approche journalistique de l’interview, par exemple, pour que les clients aient du branding journalisme ou du personal branding.

Ensuite, concernant BGC Toscane, on est plus sur une relation avec des clients plus institutionnels. Pas mal aussi de nos clients nous font appel pour la gestion de crise.

 

« Le bébé a bien grandi. »

 

Vu que je suis gourmand, je suis impatient de passer au plat de résistance. Attardons-nous sur l’IFIC, ton école de journalisme et de communication. Depuis quelques années, elle connaît un pôle à Vichy, plus tourné sur la communication. Peux-tu déjà nous présenter sommairement l’IFIC ?

Pour moi, l’IFIC, c’est mon bébé. Un bébé que j’ai eu avec mon épouse Marité, au sens où nous le portons ensemble. Mais c’est quoi l’IFIC ? Déjà, l’acronyme signifie Institut de Formation à l’Information et à la Communication. C’est un centre de formation de droits privés, qui fête ses 5 ans le 21 septembre 2026.

Puis comme tu l’as dit, nous sommes installés à Vichy pour cette dimension de la communication. Et nous dispensons des diplômes de l’État français avec l’autorisation Qualiopi et RNCP. Tu peux passer une année en Bachelor Responsable Projet Communication après un Bac+2, et même poursuivre ensuite avec notre Mastère.

Remontons à 2021. Comment est né l’IFIC ?
Tout a commencé à Vichy, il y a bientôt 5 ans comme je te l’ai appris. Tiens-toi bien, nous avons démarré avec 5 étudiants. Au départ, je donnais même tous les cours pendant 15 jours. Mais bon, c’était le début. Comme on dit, si je conserve la métaphore du bébé, fallait préparer les premiers biberons !

Puis aujourd’hui, nous avons plus de 60 étudiants. Et je n’assure plus les cours grâce aux 17 intervenants, tous des professionnels dans le domaine de la communication. Voilà, le bébé a bien grandi.

Tout ce qu’il faut savoir de la nouvelle école de journalisme à Clermont-Ferrand

Et le bébé se duplique à Clermont-Ferrand. En effet, en parallèle du pôle communication à Vichy, les étudiants vont pouvoir bénéficier d’une école axée sur le journalisme à Clermont-Ferrand. Première rentrée, septembre 2026.
Oui, nous ouvrons notre école de journalisme. La première du Massif Central. Elle va proposer des parcours de 3 à 5 ans, toujours avec des diplômes RNCP, reconnus par l’État. Là encore, nous avons fait appel à des professionnels pour assurer les cours. Nous compterons environ 7 intervenants, tous des journalistes de métier. Et concernant le nombre d’élèves, restons sur les chiffres, nous devrions être aux alentours de 17 étudiants pour la première rentrée.
Quels cours pourront-ils suivre ?

Tous les cours, entre guillemets, nécessaires à l’apprentissage du métier. Je peux te citer le cross média, la vérification des sources, les revues de presse, le mojo, la prise de parole en public, les podcasts audios, les vidéos, les techniques d’interview et de reportage,…

Et n’oublions pas l’Histoire. Une matière très importante, moi qui ai reçu une formation d’historien. Nous allons reprendre rapidement à partir de Louis XIV, jusqu’à la Première Guerre mondiale. Ensuite, nous enchaînerons sur tout ce que le monde contemporain nous a apporté. Nous sommes obligés de connaître l’Histoire pour comprendre les civilisations et le monde dans lequel nous vivons.

 

« Il vaut mieux que les jeunes journalistes misent sur des médias peut-être plus modestes. »

 

Tu as, sans doute, fondé ton école de journalisme en t’inspirant des autres écoles existantes. Ou au contraire, tu as pu tenter de te démarquer d’elles. Comment l’IFIC se positionne-t-il dans cet écosystème ?

L’IFIC est d’abord une école basée sur ce qui manque aux autres : une relation réelle à l’histoire du pays et des territoires. De plus, l’incarnation de la gouvernance compte. C’est-à-dire que moi, je suis journaliste. J’ai pu, grâce à la loi, créer un centre de formation, comme peut le faire un kiné ou un vétérinaire.

Et je considère comme important qu’une école de journalisme soit incarnée par un journaliste. Comprenne qui voudra, dans mes propos. D’autres écoles prestigieuses en France ne sont pas dirigées par des journalistes et leur gouvernance n’a rien à voir avec le journalisme. Les étudiants choisissent.

Après ces quelques années de formation, quels débouchés peuvent s’offrir aux étudiants qui passent par l’IFIC ?
Alors, pour ce qui concerne la communication, les débouchés sont pluriels. On voit des chargés de communication, des directeurs d’équipe de communicants, des assistants de direction qui vont apporter leur connaissance acquise en communication. Certains pourront même avoir accès à la direction générale d’une boîte.

Et puis pour ce qui concerne les débouchés journalistiques, on touche là aux médias. Même si il faut savoir que les grands médias, aujourd’hui, sont en souffrance. Donc, je pense qu’il vaut mieux que les jeunes journalistes misent sur des médias peut-être plus modestes, mais surtout plus solides. Un peu comme le roseau dans la tempête. Le roseau se courbe, il se couche, mais il ne cède pas. Puis quand la tempête est passée, il se relève.

 

« Je suis le premier à avoir réalisé l’entretien avec les deux successeurs d’Édouard Michelin. »

 

Et concrètement, est-ce que l’IFIC possède un réseau conséquent dans la région avec des entreprises et des médias ?
Le réseau ? Là il se trouve dans ma main : c’est mon téléphone. Je préférerais qu’on me vole ma voiture que mon téléphone. Mon réseau, je l’ai construit depuis 35 ans, et c’est pour ça que j’incarne l’IFIC.
Ce réseau, tu as pu l’acquérir durant toute ta carrière. Et notamment une expérience qui marque, c’est la participation à une aventure télé. J’évoque ici Clermont Première, l’ancienne chaîne de télévision locale. Est-ce une expérience qui marque un journaliste ?
Oui évidemment. Pour l’anecdote, je suis le premier à avoir réalisé l’entretien avec les deux successeurs d’Édouard Michelin. Effectivement, Michel Rollier puis Jean-Dominique Senard m’ont accordé leur confiance pour leur toute première interview en tant que présidents du groupe Michelin.

Ensuite, je suis le seul journaliste à avoir interviewé Cécile Michelin. Un moment qui avait énormément fait parler. Malheureusement, la cruauté de la vie a fait qu’elle est décédée d’un cancer peu de temps après. Ce sont des événements qui ont marqué mon passage à la télévision.

Le pape, Michelin et Aurélien Rougerie

Je note aussi 20 ans à RCF, Radio Chrétienne Francophone. Qu’as-tu retenu de ce pan de ta carrière ?

Figure-toi que j’ai eu la chance de participer à 3 voyages pontificaux avec le pape Jean-Paul II, puis un autre avec Benoît XVI. Et il y a aussi eu des rencontres exceptionnelles avec des gens moins connus à l’international que des papes.

Typiquement, je me rappelle de la toute première fois qu’Olivier Bianchi et Jean-Pierre Brenas se sont présentés face à face dans un média. C’était devant mon micro et j’ai animé ce premier débat entre eux. L’un est devenu maire, l’autre en rêvait. Puis celui qui a été élu maire, n’occupe plus la fonction aujourd’hui. La vie d’un journaliste est assez drôle. On interview des gens qui passent, et nous nous restons présents.

Restons sur les rencontres notoires dont tu as pu profiter. D’autres acteurs nationaux ou locaux, dont tu as pris du plaisir à interviewer, te viennent à l’esprit ?

Oui, je pense directement à Raymond Barre, l’ancien premier ministre de Valéry Giscard D’Estaing. A l’époque, il était très malade. On ne voyait pas son visage pendant l’interview tellement il était courbé. Cela ne gênait pas tant, vu que c’était de la radio, mais on avait quand même dû placer le micro tellement bas afin qu’il se retrouve en face de sa bouche. Ça m’avait marqué.

Je peux te citer aussi Dominique Strauss-Khan pour son intelligence, Valéry Giscard D’Estaing pour son charisme, le général Bernard Barrera pour son courage, Françoisn Hollande pour son humour,…

 

« C’est ça la magie du journalisme. »

 

J’ai entendu également parler de l’ancien rugbyman de l’ASM, Aurélien Rougerie.

Effectivement, j’ai aussi bien aimé la rencontre avec Aurélien Rougerie. Plus que cela, cette rencontre m’a beaucoup touché. En amont de mes interviews à la télévision, je demandais aux proches une photo de la personne que j’allais recevoir. Pour Aurélien, je me suis adressé à son papa, lui-même vedette de l’ASM. Et il ne m’a pas transmis qu’une photo. Avec elle, c’était toute une histoire.

Sur cette photographie, on voyait Aurélien de dos, face à l’océan. Il était tout enfant, 4 ans pas plus. Et cet enfant, il était tout triste. Il pleurait même. La raison ? Son doudou avait été emporté par l’océan. C’est là que son père a immortalisé le moment par ce cliché.

Tu montres cette photo à Aurélien Rougerie. Comment réagit-il ?
Je diffuse la photo pendant l’interview. Seule sa famille pouvait savoir que c’était lui. Puis là, Aurélien est rempli d’émotions. Un déclic dans notre échange. Devant moi, je ne fais plus face à la légende de l’ASM, non. Je reçois un homme.

De par cette photo, il revient presque 30 ans en arrière. Il se remémore ce souvenir, et accepte de le partager avec moi. Tu vois ? C’est ça la magie du journalisme. C’est ça la magie de l’interview.

 

« Grâce à elle, j’étais présent au bon endroit quand le pape est arrivé. »

 

C’est une belle anecdote croustillante que tu nous narres ici. Et je ne suis pas rassasié… En as-tu une autre dans ton panier à souvenirs ?
Une autre chose qui m’a marqué… Oui. Nous sommes en 1997, en pleines journées mondiales de la jeunesse. Je suis en direct à la télévision depuis la plaine de Longchamp où le pape Jean-Paul II doit passer. Sauf que problème, les journalistes ne savent pas quelle route il va emprunter…
Que fais-tu ?
Je patiente donc le temps qu’il arrive. Il fait très chaud, un cagnard. A un moment, je remarque une femme policière. Elle est terriblement assoiffée. Je me dirige donc vers elle et lui propose gentiment à boire.

Elle me remercie, puis me demande si elle peut me rendre un service. Je saute sur l’occasion : « Pouvez-vous m’annoncer par quel endroit le pape va passer ? » C’est ainsi que la policière m’indique le tracé. Grâce à elle, j’étais présent au bon endroit quand le pape est arrivé.

L’humilité des journalistes, tout un défi pour Marc-Alexis

Passons au désert maintenant, as-tu des conseils à fournir aux chargés de communication qui souhaitent entrer en contact avec des journalistes ? Comment doivent-ils s’y prendre ?
Je pense que le mail ne suffit plus. Il ne faut pas que les communicants aient peur d’aller à la rencontre des journalistes. Au départ déjà, je conseille aux communicants de téléphoner aux journalistes pour se faire connaître d’eux.
La conférence de presse peut-elle se constituer tel ce lieu d’échanges entre les deux corps ?
Je pars du principe que la conférence de presse fait partie du passé. Elle ne sert pas à grand-chose puisque les médias vont tous récupérer la même information au même moment. D’après ce constat, il vaut mieux proposer aux journalistes de les rencontrer individuellement pour leur apporter quelque chose qui va être lié à la ligne éditoriale de leur média.

 

« Je conseille aux jeunes journalistes de mettre un petit peu d’eau dans leur vin. »

 

Et à l’inverse pour les journalistes, as-tu des recommandations sur des points à changer ?
Arrêtez de croire que les journalistes sont le haut de l’aristocratie sociétale. Les journalistes sont au service des faits, du territoire et de l’information. Ils ne sont pas au service d’eux-mêmes. Donc, je recommande aux nouveaux journalistes de faire un peu profil bas.
Tu sens un égo surdimensionné chez certains journalistes ?
Oui, c’est pour ça que je conseille aux jeunes journalistes de mettre un petit peu d’eau dans leur vin. Par exemple, il ne faut pas prendre avec condescendance les relations avec les communicants. Le journaliste a besoin des communicants, et le communicant a besoin des journalistes. C’est dans les deux sens. Un petit peu d’humilité dans cette profession, ça ne ferait pas de mal.

 

« Nous sommes contents parce que nous foutons la merde. »

 

On poursuit cette série de conseils avec la relation journaliste-public. Comment bien transmettre une information à son audience ? On mentionne souvent les 5W, facilitant la compréhension immédiate.
Les 5W évidemment, les « qui, quoi, où, quand, pourquoi », traduits de l’anglais. Mais j’ai plus envie de poser la loupe sur le respect d’autrui. Ce que je dis dans mes cours, c’est qu’il faut regarder en quoi notre travail de journaliste rend service au territoire. Et cette question, il faut se la poser avant d’aller chercher la petite bête qu’il va nous permettre d’obtenir un scoop.
Est-ce un problème d’aller « chercher la petite bête » pour un journaliste ?
Des personnes mettent au point un produit après des années de travail, voire même de passion. Pourquoi nous journalistes, nous aurions le droit de chercher la faille pour détruire l’intérêt de ce nouveau produit ? Nous sommes contents parce que nous foutons la merde, il n’existe pas d’autres expressions.

C’est une question que je pose aux étudiants, et je sais que les nouvelles générations sont sensibles à cette problématique, même sans être d’accord avec ma vision. Elles sont réceptives à la responsabilité sociétale, et cette responsabilité sociétale passe aussi par la dimension de la bienveillance.

Pour conclure, on a vu les journalistes et les communicants vivent dans ce même milieu de l’information. Mais ils ont quand même des différences nettes, que ce soit sur les compétences ou les objectif. Est-ce que toi tu en identifies ?

Concernant la conclusion, il faut se rabattre sur le podcast via le lien ci-dessous. Vous profiterez de plus de détails sur la carrière de Marc-Alexis, mais vous pourrez aussi entendre le Oui / Non et le jeu Good News / Fake News.

Le Top 10 du jeu Good News / Fake News

Hadrien Barrau 7/7
Nicolas Cheviron 7/7
Cédric Motte 6/7
Géraldine Houot 6/7
Marc Chaumeix 5/7
Daniel Desthomas 5/7
Damien Caillard 5/7
Émilie Fernandez 5/7
Sonia Reyne 4/7
Frédéric Torrent 4/7
Marc-Alexis Roquejoffre ???