Comme chaque année, vous récupérez l’annuaire du Club de la Presse. Première chose que vous miroitez dès la prise en main : la couverture. Celle de 2026 dénote d’icônes référées au journalisme. Machine à écrire, Albert Londres, micro,… Vous faites face à ce bureau, rêvé pour fignoler votre papier. Mais qui est donc le dessinateur ? La dessinatrice ? Le coup de crayon sous cette réalisation n’est autre que celui de Flore-Anne Pelloquet. Elle nous partage aujourd’hui ses activités de médiation scientifique, engagées au sein d’Homocreatos. A découvrir ici en podcast ou ci-dessous par écrit.

Bonjour Flore-Anne. Tu te qualifies comme une « conceptrice illustratrice en médiation scientifique ». Qu’est-ce que cela signifie ?

Bonjour. Pour être totalement honnête, j’ai toujours eu un peu de mal à utiliser un titre pour mon métier. Globalement, je crée plein de contenus pour vulgariser les sciences, aussi bien le fond que la forme.

J’interviens notamment auprès des scolaires. Là l’idée est de créer un support avec eux, tel un jeu de société ou une exposition pour un musée. On utilise tous les médiums qu’on peut pour simplifier au mieux. L’objectif demeure de rendre le plus ludique possible l’accès aux informations scientifiques.

Et cet objectif est accompli à HomoCreatos, ta boîte. Déjà, que dissimule ce nom HomoCreatos ?

HomoCreatos signifie « l’Homme qui crée » en latin. Je voulais un nom assez large. On note ce côté Homo sapiens, avec ce besoin de connaissances. Et j’avais envie d’aborder mon entreprise autour du savoir que l’Homme a acquis depuis des années.

 

  « Je donne beaucoup d’importance à m’adapter aux gens. »

 

Quels sont les principes d’HomoCreatos ? Ses valeurs ?

Il y en a un paquet ! HomoCreatos, c’est avant tout ma manière de lier les trois domaines qui me parlent le plus. Le premier, le plus important, c’est le côté scientifique parce que j’aime vraiment aborder toutes les sciences. Je n’ai pas envie de me limiter à une thématique.

Puis je travaille toujours avec des enseignants chercheurs ou des gens compétents pour m’assurer des infos qui passent.

Ensuite concernant les deux autres points clés ?

Vient après la création. J’ai toujours eu besoin de créer, dessiner, fabriquer, placer des objets en 3D. Donc cette base artistique est très importante pour moi. Enfin, arrive le côté relationnel humain, dans le sens où je crée avec et pour tout type de public.

Je donne beaucoup d’importance à m’adapter aux gens, du fait que je suis dyslexique et que les gens ont rencontré cette difficulté-ci avec moi. Cela me donne une attache toute particulière à l’éducation populaire et à la transmission.

Avec qui travailles-tu ? Principalement des institutions, des entreprises ?
En fait, c’est très large. Je travaille beaucoup avec des petites et des grosses entreprises. Je vais aussi tenir des contacts évidemment avec le monde scientifique et de la recherche. Enfin, les collaborations se multiplient entre les musées, les collectivités, les écoles, les associations,…

 

  « On peut transmettre quasiment tous les sujets scientifiques. »

 

Quelles sont les raisons qui motivent ton engagement à rendre accessible le discours scientifique ? Une des raisons n’est-elle pas son incompréhension dans un pan de la population ?

Je pense que les sciences constituent une manière d’essayer d’être le plus objectif possible sur la compréhension du monde. Alors évidemment si on parle des fake news, il faut rappeler l’importance d’éduquer les gens avec des sources d’informations fiables.

Et un écueil que je formule : on a cette tendance, des fois, à vouloir trop simplifier les informations. Or le monde est quelque chose de très complexe, jamais tout noir ou tout blanc. Le débat dans les sciences reste donc sain.

Pourquoi est-ce important de transmettre ces informations scientifiques aux individus ?

Quand on a la bonne approche, on peut transmettre quasiment tous les sujets scientifiques. Et je pense que plus les gens comprennent ce qu’ils ont autour d’eux, plus ils peuvent développer un regard ouvert et éduqué, une compréhension plus large de la société.

Puis je dis toujours que tout le monde ne peut pas être scientifique, c’est sûr. Mais par contre, tout le monde peut faire des sciences. Donc je trouve important, par exemple, de passer par les médias pour donner des clefs aux personnes, afin qu’elles deviennent les adultes les plus accomplis possibles grâce à un plus fort esprit critique.

Rendre la science accesible

Dans le milieu scolaire, tu interviens de la maternelle jusqu’à l’université. Comme tu l’as mentionné également, tu agis aussi dans le monde de l’entreprise, là chez des adultes. Quels sont les changements que tu adoptes dans ta manière d’expliquer des faits scientifiques quand le public, auquel tu t’adresses, change ?

La diversité de mon public est énorme. Je peux intervenir aussi dans les EHPAD, avec les personnes en situation de handicap, avec des réfugiés. L’approche change donc énormément. L’adaptation passe par mon discours et l’évolution de ma pratique.

Par exemple, je passe par des temps d’action très courts chez les lycéens : « Vous avez 5 minutes pour accomplir ceci. » Et évidemment qu’avec les résidents d’EHPAD, la douceur va primer. Mais ce qui ne doit pas bouger, c’est la bienveillance avec laquelle je vais m’adresser à eux.

Et qu’importe le public, si on le respecte et qu’on l’écoute, cela se passe bien. Chacun a ses spécificités, cependant j’avoue que je prends autant de plaisir à travailler avec tout le monde.

Quels formats éducatifs apprécies-tu appliquer ? Qu’est-ce qui marche bien pour comprendre ?

J’aime beaucoup quand les personnes comprennent par eux-mêmes. Et ce but arrive par l’observation, ainsi que par la manipulation. Plus on mêle d’approche, comme encore l’écrit avec la pratique, plus les gens vont comprendre et y mettre du plaisir. Si les gens s’amusent Lucas, ils vont plus facilement comprendre et assimiler l’information.

En conséquence, il faut autant miser sur la forme de l’animation que sur son fond. Réussir à rendre attrayante l’activité. Et cette captation peut, par exemple, passer par l’instauration de petites intrigues ludiques pour tiser la curiosité, tout en conservant le côté scientifique.

 

  « Les individus croient ne pas être capable de réussir, ensuite ils se rendent compte du contraire. »

 

Traitons d’un cas pratique. Avant ce portrait, tu étais au jardin Lecoq, en compagnie de maternelles. Raconte-nous ce que vous faisiez là-bas ?
Au jardin Lecoq avec les maternelles, on a fabriqué des aspire-insectes pour aller les chercher ! Ils restent encore très jeunes. Donc on travaille surtout sur les saisons et la décomposition de la nature dans le temps. Forcément, ils ne se sont toujours pas rendus compte que l’arbre à côté de chez eux n’a pas toujours été comme ça.
J’ai vu que tu usais d’expressions artistiques pour illustrer la science. Un système solaire composé de trombones et de sphères, tu sais faire. Quand on manie l’art avec la science, on peut tout expliquer ?

Depuis toute petite, j’ai toujours aimé bricoler avec ce que j’avais sous la main. On peut produire énormément de choses avec ce qu’on possède. Mais on a toujours peur : « Non, je n’ai pas le matériel, ce n’est pas possible. »

Par exemple, quand j’organise des cabinets de curiosité ou des miniatures avec les gens, effectivement au départ, on peut craindre cela. Puis on se rend compte que pour fabriquer un violon, avec un morceau de bois et différents médiums, on crée quelque chose d’assez incroyable.

Pour faire le parallèle avec les sciences, au début les individus croient ne pas être capable de réussir, ensuite ils se rendent compte du contraire avec une certaine prise de confiance. Et mon rôle est d’amener tous les outils possibles pour qu’ils puissent se les approprier et réussir au mieux.

 

« J’ai bougé sur Le Mans, Nantes ou encore Toulouse. »

 

C’est tout l’esprit HomoCreatos que tu nous décris. Avant HomoCreatos, tu es passée par Michelin. Plus exactement, tu étais analyste en résonance magnétique nucléaire. Cette fois, c’est moi qui ai besoin d’une vulgarisation. En quoi ce poste consistait-il ?

A première vue, l’intitulé peut faire peur. En fait, on joue avec un champ magnétique très puissant. Ce qui reste totalement inoffensif, on ne fait pas de réactions nucléaires, entendons-le bien.

A partir des légères interactions qu’on va stimuler sur les noyaux, ils vont nous répondre comme des pièces de puzzle. Et plus on arrive à récupérer de pièces, plus on va être en capacité de reconstituer ce puzzle. L’objectif est donc d’essayer de savoir quelles molécules sont présentes dans le matériau en question.

Cette démarche nous apprend énormément sur la matière. En plus, elle s’avère très utile dans les laboratoires afin de s’assurer qu’on obtienne les bonnes propriétés attendues.

Avant ce parcours professionnel, une page universitaire de 5 ans s’est écrite du côté d’Angers. Une licence évidemment tournée sur la science, puis un master LUMOMAT (Lumière Molécules Matières). Qu’est-ce qu’on apprend dans ce passage universitaire scientifique ?
Je n’étais pas que sur Angers d’ailleurs, j’ai bougé sur Le Mans, Nantes ou encore Toulouse aussi. Et le master, que tu mentionnes ici, conduit à la compréhension des interactions lumière-matière. Concrètement, nos petites particules d’énergie quand elles tapent un matériau, il va se passer certaines choses. Et ces certaines choses, c’est ce qu’on apprend dans ce master.

Flore-Anne, au contact des journalistes

A côté de ton visage scientifique, tu es également adhérente au Club de la Presse. Pour cette année 2026, tu as réalisé la couverture de l’annuaire du Club. Raconte-nous comment cette création s’est réalisée.

Par le passé, j’avais déjà échangé avec la présidente Pauline Rivière sur cette éventualité de dessiner la couverture. Ce fut un grand plaisir de la réaliser pour l’annuaire 2026. Je me suis donc lancée dans ce projet. Et comme à chaque fois, je liste tous les éléments qui me semblent importants.

Ensuite dans un second temps, je vais chercher des informations à travers les réseaux sociaux, Internet, des catalogues,… Je me nourris de ces recherches pour agrémenter ma première liste. Là j’ai mes symboles de l’univers de la presse, je commence alors le dessin.

Albert Londres, un journal, un micro, un stylo encre, une machine à écrire,… Beaucoup de symboles affilés au journalisme. Est-ce que ce fut simple de choisir les éléments qui composent cette couverture ?
Je ne voulais pas rentrer dans les clichés du journalisme avec par exemple le chapeau ou la loupe. Au contraire, j’ai opté pour une approche plus moderne, tout en faisant des références au passé. Et j’ai découvert beaucoup de symboles, de prix consacrés aux journalistes. Plein de choses que je ne connaissais pas avant.

 

  « A la fin, j’ai senti l’article juste et bien écrit. »

 

Pour aborder les relations que tu entretiens avec les journalistes. Peux-tu déjà nous partager ta vision sur ce qu’incarne le journalisme ?

Pour moi, c’est justement la personne dont le but est de récolter des informations, de la manière la plus fiable possible, pour la redistribuer aux gens. Le journaliste a vocation à se comporter comme le plus neutre possible dans son exercice.

Même si j’apprécie aussi les journalistes engagés, j’ai toujours peur qu’ils omettent volontairement des points. Et c’est plutôt primordial d’être le plus exhaustif possible afin que le public se fasse un avis sur le sujet, comme quand on travaille dans les sciences d’ailleurs.

Ton nom est apparu dans plusieurs articles. Par exemple en novembre 2022, La Montagne titre : « La Clermontoise Flore-Anne Pelloquet présente un court-métrage à Riom pour rendre la science accessible ». Te souviens-tu de la couverture médiatique de cet événement ?
Bien sûr. Mon tout premier court-métrage qui se consacrait au blob. J’avais derrière reçu un prix, donc j’étais très contente. Les médias en parlaient un peu, et j’ai pu échanger avec des journalistes. Des échanges qui tournaient sur la production, l’accès aux informations, la mise en forme.
Que retiens-tu de cette intervention médiatique ?
Je l’ai trouvée chouette. Le journaliste était intéressé et posait plein de questions. J’ai senti, à la fin, l’article juste et bien écrit. Puis j’adore lire la version aboutie d’une intervention. C’est effectivement fascinant d’observer la transformation d’un petit échange d’un quart d’heure, en un texte bien écrit qui paraît dans le journal.
Pour provoquer une intervention médiatique, un acteur use de moyens communicationnels. Est-ce ton cas ? Si oui, par quels moyens et pourquoi communiques-tu ? Est-ce que c’est avant tout pour promouvoir tes activités, ou pour une autre motivation ?

Afin de bénéficier de l’intégralité de l’intervention avec Flore-Anne, dirigez-vous sur le podcast ci-dessous. Vous profiterez également du Tu Préfères et du jeu Good News / Fake News.

Le Top 10 du jeu Good News / Fake News

Hadrien Barrau 7/7
Nicolas Cheviron 7/7
Cédric Motte 6/7
Géraldine Houot 6/7
Marc Chaumeix 5/7
Daniel Desthomas 5/7
Damien Caillard 5/7
Émilie Fernandez 5/7
Jean-Marie Prival 4/7
Sonia Reyne 4/7
Flore-Anne Pelloquet ???