Auvergne, Bretagne, Centre Val-de-Loire et Occitanie. Ce jeudi 9 avril 2026, les Clubs de la Presse de chacune de ces régions se sont retrouvés aux Assises du Journalisme, à Tours. Au menu, une conférence où chaque club a pu partager les recettes de ses dispositifs d’éducation aux médias et à l’information (EMI). Aurélien Tournier, président de l’UCP2F et du Club de la Presse de Drôme Ardèche, dressait cette table ronde.

Janvier 2015. Une date traumatisante pour la société française, celle des attentats de Charlie Hebdo à Paris. Mais cette date est devenue, plus tard, un tournant pour les Clubs de la Presse en France. Elle aboutit à une grande prise de conscience sur l’importance de développer l’esprit critique dès le plus jeune âge. Ainsi, donner les outils pour comprendre la sphère médiatique et y démêler le vrai du faux constituent tous les enjeux de l’EMI.

Esprit Critik’, enseignement journalistik’

C’est dans ce sens qu’est créé le module Esprit Critik’. Ce dispositif est fondé par le Club de la Presse Occitanie en 2016. Ses contours ? « Un binôme constitué d’un journaliste et d’un communicant intervient devant des collégiens ou des lycéens, nous déroule Régine Eveno, intervenante EMI pour le Club. Ses missions sont de décoder l’actualité avec les jeunes pour prévenir de la désinformation et des théories du complot. »
Régine Eveno, membre du CA du Club de la Presse Occitanie

L’atelier d’Esprit Critik’ vise à ouvrir le débat chez les élèves. Les appels à réactions se matérialisent par des phrases chocs lancées pour interpeler : « Les journalistes racontent n’importe quoi. Un influenceur est plus crédible qu’un journaliste. » Les positionnements préalables des jeunes, face à ces préjugés, marquent le début de discussions et de débats. Une aubaine pour l’évolution de leur réflexion sur la société.

Le Club de la Presse d’Occitanie assure le suivi de ses intervenants EMI pour le bon déroulé du module. Il multiplie, dans ce sens, les réunions d’information afin de partager les dernières actualités éducatives et médiatiques. Une formation en continue qui adapte constamment le contenu de l’atelier. Un atelier qui plaît et qui se diffuse au-delà de l’école, nous confie Régine : « Nous a étendu le dispositif dès 2023 aux jeunes du Service National Universel, aux médiathèques, aux centres de détention, aux seniors et même aux entreprises. »

Et si nous jouions ?

Le plus vieux club de la presse en France s’engage aussi dans l’EMI. La Bretagne n’est pas en reste dans l’éducation aux médias et à l’information avec ses nombreux journalistes certifiés. Son club de la presse accompagne même les journalistes volontaires sous forme de tutorat. Dans ce cadre, un atelier de deux jours se tient pour s’auto-former aux pratiques de l’EMI. Et quelles sont ces pratiques ? « Nous développons une quinzaine de thèmes pour les ateliers dans les établissements scolaires. Nous y retrouvons les fake news, le journalisme sportif, l’écriture de portraits, les faits divers, […], nous détaille Carole André, journaliste au Club ».
Carole André, membre du CA du Club de la Presse Bretagne

Puis quand on ajoute les différents thèmes… Cela peut conduire à un jeu ! Le Club de la Presse Bretagne s’apprête à commercialiser un jeu de cartes narratif, destiné par exemple aux médiathèques. « Xavier Dupont de Liquorice, c’est le jeu où chaque joueur incarne un journaliste d’un média précis, nous dévoile Carole. Chacun va enquêter sur un fait divers, inspiré de l’affaire Xavier Dupont de Ligonnès. Et tout l’enjeu est de faire comprendre aux participants le travail du journaliste. La récolte des informations, le croisement des sources, le rythme différent des médias,… »

Sonia Reyne, membre du CA du Club de la Presse Auvergne

Le jeu est aussi un moyen privilégié pour le Club de la Presse Auvergne. Son utilisation dans le cadre éducatif rentre dans les objets des formations EMI proposées par le Club. « Et il faut savoir que l’EMI, cela ne concerne pas que les enfants, nous prévient Sonia Reyne, ancienne présidente du Club de la Presse Auvergne. »

Durant plusieurs années, Educ’ Média Info et le Journal DECODER ont organisé le Media Social Club. Dans toute l’agglomération de Clermont-Ferrand, on pouvait retrouver des débats, des conférences ou des ateliers en lien avec l’éducation aux médias et à l’information. « Et c’était destiné au grand public pour qu’il sache comment nous fonctionnons, ajoute Sonia. » Depuis toujours, le Club de la Presse Auvergne accompagne donc les projets d’EMI. Notre concours du dessin de presse pour les collégiens le confirme.

Le pôle EMI est avant tout créé pour réunir les intervenants

Pour terminer le tour de table, nous ne pouvions pas oublier le Club de la Presse Centre-Val de Loire, la région hôte de la conférence. Le Club est connu pour son pôle EMI, ouvert à tous, qui référence les intervenants de toute la région. Sophie Manuel, membre du CA, nous évoque l’avantage premier de ce pôle : « Le Centre-Val de Loire est une grande région avec de l’activité à Tours, Châteauroux, Chartres,… Chacun et chacune ne se connaissent donc pas. Par conséquent, l’objectif du Club est d’identifier tous les acteurs de l’EMI afin de savoir qui fait quoi sur le territoire. »

Elodie Cerqueira, présidente du Club de la Presse Centre-Val de Loire

Après ce recensement, les institutions peuvent prendre connaissance en ligne de la liste des intervenants EMI. Ces acteurs professionnels gagnent aussi dans cette visibilité, mais pas que… « Une fois qu’ils se connaissent, nos professionnels de l’EMI peuvent structurer leurs actions et mutualiser leurs compétences, complète Elodie Cerqueira, présidente du Club. Pour cela, nous organisons une rencontre annuelle sur deux jours où tous les acteurs de l’EMI sont invités. » Le Club de la Presse Centre-Val de Loire s’engage aussi à travers une charte qui fixe les grandes règles de cet enseignement : esprit critique, pluralisme et lutte contre la désinformation. Des combats que chaque club de la presse francophone partage.