Au salon LUX le jeudi 11 décembre, se tenait la table ronde « Rôles et responsabilités des médias face aux transformations ». Sous l’animation de Raphaël Poughon, Marie-Pierre Demarty rédactrice au média Tikographie, Jean-Paul Deniaud co-fondateur de Pioche! et Cédric Motte responsable de l’innovation éditoriale et conseil à Samsa ont échangé durant une bonne heure sur le sujet. Liberté éditoriale, choix du lexique utilisé, formation d’une communauté avec son audience. L’heure a paru telle une seconde au vu de la diversité des points abordés, où chacun méritait une conférence unique.
Interroger le modèle éditorial sans penser à la tête économique, cela ressemble à visionner un film 3D au cinéma sans les lunettes spéciales. Et Cédric l’a pris en compte. La dépendance éditoriale aux actionnaires, où le fil rouge du média devient engendrer de plus en plus d’audience, se trouve là soulignée.
Possible de contourner ce but économique ? « Oui, affirme Cédric. Et Mediapart l’a bien compris. Ils ont créé, il y a plusieurs années, une équipe marketing et financière séparée de celle éditoriale. Chacun a son rôle. L’équipe marketing se concentre sur comment attirer l’audience. L’équipe éditoriale, elle, s’attarde sur son rôle de lanceur d’alerte. »
Se concentrer sur le terrain
La liberté de ton et l’engagement devraient plutôt devenir les motivations de tout journaliste dans toute rédaction. Un guide que Marie-Pierre Demarty suit. Elle qui a quitté le monde du journalisme durant de nombreuses années. La perte de sens dans son métier en était la cause.
Toutefois, un constat opposé est établi : les médias baignent dans l’injonction à la rapidité. Publier au plus vite les informations pour devenir le premier à sortir l’exclusivité. Comment s’extirper de ce modèle stressant et chronophage ? « Il faut prendre le temps de travailler ses sujets, installer la conversation. En clair, adopter le slow journalisme », prône Marie-Pierre. « Tout à l’heure dans mon train, je n’avais pas de wifi, narre Jean-Paul Deniaud. Je n’ai donc pas pu envoyer ma newsletter hebdo. Pas grave, elle sortira semaine pro. »
« Une stratégie de proximité sociale par le vocabulaire utilisé. »
La crainte d’une perte de confiance du public aux médias, et pire leur rupture dans l’espace public, existe. Un danger réel pour notre société d’information et de communication. Jean-Paul l’identifie. « Ce risque, les créateurs de contenus l’ont bien compris. A contrario des médias jugés élitistes et fermés, ils sont bien plus populaires et accessibles. Cela s’explique par leur stratégie de proximité sociale grâce au vocabulaire utilisé. »
L’élitisme de certains médias excluent ceux dotés d’un vocabulaire moins développé et de connaissances moins complètes. Moins pédagogiques et plus dans la relation descendante avec leurs publics. Ces individus ne se retrouvent donc pas dans les médias. Et là, ils se sentent laissés pour compte, comme le témoigne l’étude « La France en quête » de l’ONG Destin commun en 2019. Les laissés pour compte ne s’estiment pas représentés dans les médias. On ne parle pas d’eux, on n’évoque pas leurs difficultés et on ne leur donne pas la parole. Ces médias, par cette exclusion, participent à la fracture de la société.
Menace de la fracture sociale
Outre la diffusion de l’information, l’émetteur média a la possibilité de se doter de rôles plus larges. Lesquels ? « On arrive à un moment où on doit dépasser le cadre du journalisme, annonce Jean-Paul. Devenons un acteur du changement grâce à notre influence. » « Le média local noue des relations entre des acteurs qui ne se connaissent pas et qui pourraient créer du commun ensemble », rajoute Marie-Pierre.
« Un bon média crée une communauté proche et encline à l’écouter. Et il doit aussi écouter les retours que cette communauté lui confie. »
La vingtaine de spectateurs présents a pu bénéficier d’un épais panorama des défis des médias dans leur exercice éditorial et relationnel. Mais est-ce que ces changements prônés vont trouver écho ?