Journaliste d’investigation à Mediapart et correspondant de presse en Turquie durant 20 ans, Nicolas Cheviron ne manque pas d’expériences pour narrer les contours du journaliste. Vous allez donc découvrir son travail pour le média fondé par Edwy Plenel ainsi que son passé au pays d’Erdogan. Comment ? Une double possibilité s’offre à vous. Par podcast en intégralité sous ce lien, ou en version écrite juste en dessous.
Le journaliste sert d’intermédiaire, de courroie de transmission entre ce qui se passe et le grand public. C’est quelqu’un dont les compétences servent de caution aux informations. Si je peux faire un parallèle, c’est le contraire des gens sur les réseaux sociaux qui n’ont pas forcément ce label de qualité et d’expertise sur comment on traite une information.
Et puis à côté de ça, je me préoccupe également des conflits sociaux. Par exemple, quand une usine ferme, je suis attentif aux luttes menées par les ouvriers. Je m’intéresse aussi à la politique, avec les élections municipales en ce moment. Et puis de temps en temps, quand je tombe sur une affaire un peu bizarre, un peu louche, j’enquête.
Pour son leitmotiv journalistique, je vais utiliser une formule un peu éculée : c’est porter la plume dans la plaie. C’est-à-dire que c’est toujours chercher effectivement ce qui ne va pas. Ce n’est pas du journalisme extrêmement positif, mais c’est du journalisme nécessaire pour dénoncer les dysfonctionnements du monde grâce à des enquêtes bien corroborées.
Le journalisme en Turquie, entre richesse culturelle et pression politique
Alors mon rôle était de couvrir l’actualité turque. Ça allait de la politique nationale, des faits de société, la culture, le sport,… Et puis j’allais un petit peu au-delà aussi. Par exemple, j’ai couvert le conflit syrien dès son déclenchement, d’autant que beaucoup de ses conséquences touchaient la Turquie.
Donc, en soit, je n’étais pas auto-centré sur la Turquie, je suivais tout aussi bien le Caucase, l’Irak, l’Asie centrale. Je rayonnais sur une vaste zone.
Je faisais des enquêtes en rapport avec l’actualité, un peu comme dans le Massif Central. Avec des risques un « tout petit peu » moindres aujourd’hui, je le concède.
Puis j’ai connu un thème fil rouge avec toute la saga de la montée au pouvoir d’Erdogan, l’actuel président turc. J’en ai même tiré un livre.
« C’est important de connaître en Turquie jusqu’où on peut aller. »
Et j’ai noté qu’il existait, à cette époque-là, très peu de biographies sérieuses du président turc. On était confronté à un vrai vide sur la compréhension d’un personnage politique qui est important à connaître et à comprendre.
Erdogan est un précurseur d’une certaine manière, puisqu’on retrouve une marque de fabrique chez lui qu’on voit aujourd’hui être appliquée dans pas mal de pays européens et aux États-Unis. J’entends par-là l’installation d’une démocrature : une démocratie qui n’en est plus tout à fait une.
Et quand je touchais à des sujets très sensibles, comme la fortune personnelle d’Erdogan et de sa famille ou des interviews de guerriers kurdes, je prenais là le soin d’utiliser un pseudonyme pour respecter un certain formalisme. Donc toutes ces méthodes que je te raconte, ce sont des méthodes qui sont venues avec le temps et l’expérience. C’est important de connaître, dans ce type de pays, jusqu’où on peut aller.
« Ce que je retiens de mon passage ? Un sentiment assez mitigé. »
Un autre moment que je peux te partager aussi. Il se déroule après avoir publié mon livre sur Erdogan. J’ai rencontré une conseillère francophone d’Erdogan qui était un peu menaçante quand même. Même si elle a reconnu certaines qualités à la biographie, elle a prévenu qu’il fallait mieux qu’elle ne soit pas traduite en turc. Ce livre en français ne causait pas de problèmes au pouvoir, mais par contre une version turque aurait été très problématique. Donc on ne l’a pas fait.
Mais le journaliste a pu y apprendre pleins de choses. J’ai acquis une certaine ténacité, des règles de prudence comme je l’ai évoquées. Et savoir gérer l’adversité car il faut s’habituer aussi à être constamment confronté à une forme d’hostilité. Il est important de ne pas sombrer dans la paranoïa, et ce n’est pas évident dans un pays comme la Turquie où on est souvent attaqué. Pas mal de leçons tirées.
Mediapart, des relations tendues avec les communicants ?
Ensuite, à la fin de ma 2ème année, j’ai été recruté par Le Monde comme secrétaire de rédaction. J’occupais un rôle d’éditeur. Donc il s’agissait de faire la liaison entre les différents pôles journalistiques et les ouvriers du livre. Je dessinais les pages et je corrigeais les articles. Pour ce travail-ci, tu es véritablement au cœur névralgique d’une rédaction à l’époque. Et j’avais rencontré là Edwy Plenel, que j’ai évidemment retrouvé par la suite à Mediapart.
Donc quand j’ai affaire à eux, c’est essentiellement moi qui viens solliciter les informations. Quand je les rencontre, c’est parce que j’ai des questions précises et embêtantes. Et ils n’y répondent pas toujours, surtout quand ils lisent « Mediapart », puis la nature de mes interrogations.
« La liberté de la presse recule pas mal partout, et la France ne fait pas du tout exception. »
Souvent, je dois affirmer aussi que ce n’est pas le communicant lui-même qui est en cause dans mes sujets, mais plutôt l’institution ou l’entreprise qui se trouve derrière. C’est rarement une question de personne, évidemment. Je ne doute pas que la responsable de communication de la préfecture soit une personne charmante.
Toutefois, il faut forcément souligner que le journalisme et la communication forment des voix parallèles. On baigne dans deux endroits différents de la transmission de l’information. Quand le communicant va « vendre » son information, nous, les journalistes, nous allons la faire passer. On reste lié.
On remarque aussi ce recul avec la constitution de quasi monopoles de la presse française entre les mains de certains millionnaires, je pense là à Vincent Bolloré. Ces manias de la presse ont leur agenda politique et l’imposent de plus en plus à leur rédaction.
Et pour évoquer les États-Unis, on voit bien ce qui est en train de se passer actuellement avec le Washington Post. Il a licencié 300 journalistes, soit le tiers de ses effectifs, dans un effort de complaisance à Donald Trump. Donc oui, effectivement, partout la presse est mangée. Et elle est d’autant plus nécessaire.
Classement du jeu Good News / Fake News
| Géraldine Houot | 6/7 |
| Émilie Fernandez | 5/7 |
| Damien Caillard | 5/7 |
| Daniel Desthomas | 5/7 |
| Marc Chaumeix | 5/7 |
| Frédéric Torrent | 4/7 |
| Lila Boulandet | 3/7 |
| Hervé Delaval | 2/7 |
| Nicolas Cheviron | ??? |