Il ne suffit que d’un espace de quelques m² pour diffuser un message à une large audience. Cet espace, c’est le studio Chérie FM Auvergne du journaliste Frédéric Torrent. Chaque matin, Frédéric devient la voix locale de la radio. Celle que vous entendez, depuis votre voiture, sur le chemin du boulot. Mais cette fois, Frédéric laisse de côté le micro de Chérie FM pour celui du Club de la Presse. Il nous partage son portrait avec l’entrain qui le caractérise si bien. Ses matinées lève-tôt, son arrivée à la radio et ses relations avec les communicants. Cette découverte du quotidien de Frédéric Torrent, à suivre dans cet article ou en podcast via ce lien.

Journaliste aux aurores

Est-ce que tu peux nous expliquer, de manière synthétique, ce qu’est un journaliste radio ?

Alors officiellement, sur ma fiche de paie, c’est marqué « reporter journaliste rédacteur ». Ça veut tout dire et rien dire. En fait, mon travail c’est d’être journaliste sur une radio musicale Chérie FM en local à Clermont-Ferrand.

Je fais les flashs du matin toutes les demi-heures, précisément entre 6h et 9h. Et, en plus, tout le travail autour. C’est-à-dire trouver les sujets, les enregistrer, les écrire, écrire les flash évidemment tous les matins.

Ton quotidien est-il plutôt chronophage ? 

Non, ce n’est pas chronophage. Ce sont des horaires complètement différentes d’une « vie normale ». Moi je me lève vers 4h du matin pour être à la radio vers 4h30. Je commence à écrire tout ce que je vais dire. Puis mon premier flash est à 6h.

Après le dernier flash à 9h, une autre vie professionnelle commence. Je prépare les sujets du lendemain, j’écris un peu des brèves pour prendre de l’avance. Je fais le montage des interviews que j’ai réalisé la veille ou l’avant-veille. Et puis je prépare celles qui sont prévues dans la journée en conférence de presse ou en vis-à-vis.

Mes journées s’arrêtent vers 12h-12h30, mais un journaliste, ça travaille tout le temps, ça garde toujours l’esprit ouvert. On réfléchit à ce qu’on va faire le lendemain, à ce qui se passe autour de nous. Donc en fait ce n’est pas chronophage. On vit vraiment le journalisme du matin jusqu’au soir.

Quels outils utilises-tu en tant que journaliste ? 

Je pense que le micro est l’arme essentielle. Évidemment en radio, le micro est indispensable. Que ça soit le micro de reportage, avec tout le matériel qui accompagne, ou bien le micro qu’on utilise dans les studios.

Et puis après il y a de la technique avec les ordinateurs, les consoles, les logiciels de montage. Mais ce ne sont que des outils. L’humain, le journaliste avec sa connaissance du terrain et de l’actualité demeure indispensable. Sinon le micro, il reste mué.

 

« Après le dernier flash à 9h, une autre vie professionnelle commence. »

 

Alors comme tu l’as dit, tu es journaliste pour Chérie FM. Est-ce que tu peux nous présenter cette station de radio ? 

Chérie FM, c’est une radio musicale. Notre cœur de cible, ce sont les femmes de 25 à 50 ans. Cette radio se veut féminine, elle est féminine.

Attention, quand je dis une radio féminine, ça ne veut pas dire exclusivement féminine, puisqu’on a quand même 45 % des auditeurs qui sont des hommes. Mais on va s’adresser aux femmes en leur proposant des sujets qui vont leur parler. Des sujets sur la famille, sur les enfants, sur l’éducation, sur la vie pratique,…

Par contre, ça ne veut pas dire qu’on va occulter la politique internationale par exemple. Si on prend le grand conflit ukrainien actuellement, on va trouver des sujets qui vont raisonner auprès de nos auditrices et de nos auditeurs. Comme des associations qui font des collectes à Clermont-Ferrand avec des jeunes ukrainiens. C’est comme ça qu’on va prendre l’actualité.

Puis en terme de musique, Chérie FM est une radio qui se veut « feel good ». On accompagne les gens du matin jusqu’au soir avec de la musique qui va leur faire du bien. Des musiques principalement des années 2000, puisque les auditeurs qui nous écoutent étaient jeunes dans ces années. On leur remémore les grands tubes sur lesquels ils ont passé leur adolescence et leur début de vie d’adulte.

Sur Chérie FM de 6h à 9h, tu fais toutes les demi-heures à flash de quelques minutes seulement. Comment, dans un monde où l’information est omniprésente, on parvient à sélectionner sur ce temps aussi réduit ?

Dans un flash, on a 2 minutes 30 à peu près d’information réelle. Donc oui, un temps extrêmement réduit. Déjà, on va évacuer toutes les informations qui ne correspondent pas à notre ligne éditoriale.

Ensuite, on va s’ancrer sur le local et privilégier ces informations pour notre public auvergnat. L’actu local, c’est vraiment dans l’ADN de Chérie FM. C’est elle qu’on va privilégier.

Chérie FM appartient au groupe NRJ, comme Nostalgie et la radio NRJ que nous retrouvons dans les mêmes locaux à Clermont-Ferrand. Quelles relations entretiens-tu avec les journalistes de ces autres groupes ? 

Nous travaillons tous dans le même open-space, bureau côte à côte. Et nos relations, elles sont permanentes avec Hélène Penot pour Nostalgie et Stéphane Delaporte pour NRJ. On discute tous les jours ensemble sur ce qu’on fait, comment on va le faire, est-ce que cette information est pertinente,… Un travail en commun.

C’est-à-dire que si moi je vais faire une interview. Cette interview que je vais ramener, je vais la mettre à disposition de mon confrère de NRJ et de ma consœur de Nostalgie. À eux de l’utiliser ou ne pas l’utiliser, mais en tout cas, c’est toujours mis à disposition. Le fait de travailler ensemble crée une émulation qui est indispensable pour faire une information de qualité.

Une vie aussi en dehors de Chérie FM

À côté de Chérie FM, tu es aussi gérant de l’école du micro depuis 2017. Peux-tu nous en parler un peu plus ? 

L’École du Micro est né d’une envie de transmettre. Moi, je fais de la radio depuis quasiment 35 ans, et je suis sur Chérie FM depuis 24 ans. Donc j’ai acquis une certaine expérience.

Et j’ai eu envie de la transmettre aux responsables d’association, aux élus, aux dirigeants de TPE ou de PME,… Ces gens qui ont bien envie d’aller voir les médias, mais qui se disent « ce n’est pas fait pour moi » ou « ça ne va pas être pertinent ». Donc je leur explique qu’ils peuvent y aller.

Je leur apprends la façon d’écrire et la façon de parler aux journalistes. Il existe une psychologie du journaliste qu’il faut connaître, et ces connaissances vont permettre de sortir du lot des informations reçus quotidiennement par les journalistes.

Puis le deuxième volet de l’École du Micro, c’est coacher les gens sur comment parler en public. Je m’aperçois que certaines personnes ont énormément de mal à prendre un micro et à présenter leur activité. Ils sont tétanisés, ils n’y arrivent plus. C’est dommage. Leur message est souvent très pertinent, mais complètement nécrosé par cette peur de parler. Ainsi, je donne du coaching pour mieux parler en public. Pour être moins stressé, plus confiant.

Est-ce que le journaliste de radio, c’est un métier totalement différent de journaliste de presse, télévision ? 

J’ai testé un petit peu la presse écrite, et oui c’est bien différent de la radio. L’intérêt de la radio est double. C’est le média de l’immédiat et le média proche des gens. On est là pour eux, on les réveille, on les accompagne. La première voix que les gens entendent, c’est la radio.

Il existe vraiment un lien tout à fait particulier, unique, avec le public. On note cette part de mystère aussi. Qui est derrière le micro ? Qu’est-ce qu’il fait ? Cela rentre dans l’expérience radio.

Après je pourrais faire de la télévision, refaire de la presse écrite. Pourquoi pas ? La base du journaliste, c’est la même. On prend l’information, on la vérifie, la met en forme et on la redonne aux auditeurs. On fait tous le même travail, mais de façon différente. La presse écrite a le temps de « s’étaler » pour en dire plus. Moi à la radio, je suis plus dans la concision, les phrases courtes et concrètes.

 

« La Radio, le média de l’immédiat et le média proche des gens. »

 

Raconte-nous ton parcours universitaire !

Juste une année avant, j’ai fait un bac de théâtre au lycée Virlogeux à Riom. Le théâtre m’a beaucoup servi après pour le journalisme et la radio.

Et durant l’année où je préparais le Bac, je me suis lancé dans la radio associative à Radio Arverne. Là où j’ai tout appris. J’ai réalisé, par la suite, mon service national là-bas durant 20 mois. Donc après le Bac, j’ai fait une fac d’histoire. J’ai également continué la radio à côté. Puis elle a vite pris le dessus.

Je suis passé professionnel toujours à Radio Arverne, où j’ai pu me mettre au micro et faire des émissions, de l’animation et du journalisme. Ensuite, je suis passé par la presse écrite, LOGOS FM à Vichy, RFM à Avignon puis aujourd’hui Chérie FM.

Depuis tout petit, as-tu voulu devenir journaliste ? 

Journaliste, non. Mais par contre depuis tout petit chez moi, il y a toujours eu la radio. Mes parents écoutaient France Inter et Europe 1 qui étaient les les grosses radios à l’époque. J’ai donc toujours baigné dans cette ambiance de radio. Je me souviens encore du générique de Radioscopie de Jacques Chancel sur France Inter.

Peut-être de façon inconsciente, je me suis lancé dans la radio comme ça. Le journalisme est arrivé après, pendant mon service national. J’ai trouvé ça très agréable d’aller voir des gens, de raconter des histoires, de prendre des témoignages, d’être au cœur de ce qui se passe. Ce rôle de pouvoir donner cette information aux autres m’a vraiment intéressé. Vraiment cette idée de « je suis allé chercher des infos et je vais vous le dire ».

Et avec les communicants ?

Quelles sont les différences centrales entre toi le journaliste et les communicants ?

Les communicants ont un message univoque à passer, et ils veulent le transmettre. Le journaliste va réceptionner ce message et l’assimiler.

Mais à un moment, il va soulever le rideau et il va aller voir derrière en posant des questions. Des questions qui peuvent être en dehors du chemin que le communicant a voulu tracer. C’est un effort intellectuel que doit faire le journaliste. Il ne faut pas rester uniquement sur le message qui est envoyé par le communicant.

Est-ce que toi tu échanges régulièrement avec les chargés de communication ? 

Très régulièrement. C’est un interlocuteur qui est indispensable à notre métier. Les chargés de communication nous fournissent des sujets. Ils nous demandent si ça peut nous intéresser. Généralement, on leur répond oui ou non.

Et d’ailleurs, j’en profite pour transmettre un message pour les communicants : c’est pas parce qu’on vous dit « non » que notre relation s’arrêtera là. On peut dire non sur ce sujet parce que ça ne fait pas partie de la ligne éditoriale, parce qu’on n’a pas la place, ou que ce n’est pas intéressant. Donc ce travail, oui, on le fait au quotidien avec les communicants.

 

« Il ne faut pas rester uniquement sur le message qui est envoyé par le communicant. »

 

Au quotidien, il y a un lieu de rencontre fondamental entre communicant et journaliste, c’est la conférence de presse. Est-ce que tu peux nous parler de la dernière à laquelle tu as participé ? 

Alors, la dernière conférence de presse à laquelle j’ai participé c’était celle du festival d’Ambert, où ils ont présenté l’affiche. Donc elle était mise en place par le festival avec une boîte de communication spécialisée.

L’intérêt de s’y rendre était qu’on a pu obtenir toutes les informations qu’on voulait. La personne en face de nous fut briefée. Elle savait ce qu’elle avait à dire et comment l’échange allait se passer. Et ça, je suis persuadé, le communicant a travaillé avec l’intervenant pour lui dire « attention, il va y avoir telle ou telle question, faut plutôt parler comme ça, le déroulement va se faire comme ceci ».

Des conférences de presse bien menées, où on sait qu’on ne va pas perdre de temps, c’est vraiment très agréable et confortable pour les journalistes.

La conférence de presse constitue-t-elle le meilleur moyen pour faire passer l’info aux journalistes ?

Pas forcément. Je peux comprendre que parfois la communication ne nécessite pas une conférence de presse. Si c’est juste pour faire une annonce tout à fait banale, c’est pas la peine d’en organiser une.

Le communicant va perdre du temps et va se prendre du stress pour organiser ça. Et de l’autre côté les journalistes auraient très bien pu avoir les informations dans le communiqué de presse, sans nécessité de se déplacer.

Moi j’ai l’habitude de dire aux gens que je forme : « Si vous n’avez pas les moyens ou si vous n’avez pas la matière pour faire une conférence de presse, ne la faites pas. Faites un excellent communiqué de presse et soyez ensuite disponibles pour les journalistes s’ils veulent des infos supplémentaires. »

Les conférences de presse, faut que ça apporte quelque chose en plus. Si c’est une conférence de presse sur la création de nouveaux bonbons, par exemple. L’intérêt c’est qu’on soit dans l’usine, qu’on voit comment les bonbons se fabriquent, qu’on découvre la chaîne de fabrication et qu’on puisse interviewer le développeur qui a trouvé ces nouveaux goûts. Ça c’est intéressant pour nous et on ne l’aura pas dans le communiqué de presse.

Enfin, comment vas-tu décider d’aller à telle conférence de presse et pas une autre ?

Cette décision répond à des critères préalables qui vont trancher. Mais lesquels ? Retrouvez le podcast dans son intégralité ci-dessous avec la réponse à la question. Qui plus est, vous y écouterez le portrait de Frédéric Torrent plus en détails, le Oui / Non et le jeu Good News / Fake News.

Classement du jeu Good News / Fake News

Émilie Fernandez

5/7

Damien Caillard

5/7

Frédéric Torrent

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