Derrière la scène, les coulisses. De longs couloirs blancs où chaque salle qui les compose cache un pôle tourné sur les prochains événements. Ces couloirs blancs, la Comédie de Clermont-Ferrand y trouve toute sa créativité. Ce pôle, c’est celui de la communication qui nous ouvre ses portes. Émilie Fernandez, responsable communication à la Comédie, nous partage le studio d’enregistrement au bout du couloir blanc du sous-sol. Micros ouverts, portrait découvert. Que fait Émilie à la Comédie ? Qu’est-ce qui la motive ? Comment travaillent-elles avec les journalistes ? Retrouvez son portrait synthétisé dans cet article, ou branchez-vous pour l’écouter dans son intégralité en podcast.

Émilie, qui es-tu ?

Est-ce que tu peux nous expliquer ce qu’est un responsable de la communication ?

Alors, un ou une responsable de la communication, c’est la personne qui va établir le plan de communication de sa structure culturelle. A savoir comment on va parler de son activité, sur quel support, dans quel temps et de quelle manière. Notre rôle est de faire connaître l’activité de la structure aux publics, aux partenaires, aux financiers.

Et plus concrètement, quelles activités t’occupent ?

Je peux avoir des journées à 25 tâches différentes qui peuvent n’avoir aucun lien les unes entre les autres. Je peux faire de la rédaction, je fais de l’accueil de journalistes, je fais de l’accueil aussi des artistes, des tournages, des interviews, je fais de la rédaction,…

Et parfois j’ai des journées sur un gros projet unique. Par exemple, la brochure de saison qui est notre catalogue avec toute la programmation. C’est vraiment un travail sur le long terme qui peut m’occuper plusieurs jours.

A la fois, c’est un travail à la fois de bureau et de terrain où je vais exploser mon nombre de pas. Parce que je vais un petit peu courir partout sur place avec les partenaires, avec la presse, avec les artistes ou tout simplement pour aller mettre de l’ordre dans le hall.

Il y a quelques mois, tu étais chargé des relations avec les médias. Là, tu es passé responsable de la communication. Comment s’est passé ce changement pour toi ?

C’est ma 13ème saison à la Comédie. Avant, j’étais chargé des réseaux sociaux et des médias comme les podcasts. Et mon but était aussi de faire sortir toute l’information du théâtre auprès des publics.

Désormais ma mission évolue. Je suis déjà moins dans l’exécution, mais plus dans la coordination et la vision à terme. Je fais des choix pour la communication de la Comédie. Et je garde encore toutes les relations presse, même s’il n’est plus mentionné dans mon poste.

  « Notre rôle est de faire connaître l’activité de la structure aux publics, aux partenaires, aux financiers. »

Comment travailles-tu ?

Je passe beaucoup par l’ordinateur. Alors on travaille évidemment sur de la retouche d’image et la mise en page. Donc on travaille sur Photoshop, ainsi que notre outil favori InDesign. InDesign, c’est toute la journée : pour toute la création de documents numériques et print.

On va aussi avoir des outils de montage pour nos audios parce qu’on crée beaucoup de ressources auditives. Notamment un format 3 minutes pour préparer au spectacle, qui est le format chouchou de nos publics : Popcorn.

Toutes les petites plateformes qui aident à faire du montage plus rapidement et à animer nos visuels. Et il y en a encore beaucoup…

Parmi les restants, l’IA s’y trouve-t-elle ?

L’IA, c’est forcément dans nos réflexions. On est à la Comédie, dans une démarche de transition vers une communication responsable. Et c’est un gros engagement qu’on prend sur le plan environnement. La sobriété environnementale conditionne vraiment tous nos choix.

Pour l’instant, on n’a automatisé aucune tâche avec l’IA dans nos pratiques. Tout est intervention humaine. Elle nous sert juste à brainstormer. Si on cherche des titres, si on cherche des formulations impactantes,…

Donc pour nous l’IA, c’est un outil pour aller plus loin dans notre pratique, mais qui ne remplace absolument pas l’humain. Ce qu’on ne fera pas, c’est de la production de petites vidéos faites par l’IA pour les réseaux sociaux. Ce qu’on ne fera pas non plus, c’est la création de visuel. Un outil d’appui, oui. Un outil qui remplace la créativité, non.

Quelle est l’image de la Comédie ?

Déjà la Comédie est sous intitulée « scène nationale ». Une scène nationale a des missions de diffusion de spectacles sur tout le territoire français et doit rendre la culture accessible à toutes et à tous. On y retrouve théâtre, danse, cirque, musique. Avec des artistes locaux ou internationaux.

Elle s’adresse à des publics très divers. Tu as des spectacles qui sont accessibles pour les bébés, d’autres pour la famille, d’autres pour les étudiants ou encore d’autres qui vont être plus pointus pour les passionnés.

Et on souhaite apprendre, à la Comédie, à sortir du jugement « j’aime / j’aime pas ». Ce qui est fatal pour les œuvres. Nos outils sont là pour accompagner, que ce soit les publics passionnés ou les premiers venus, à suspendre le jugement. Juste accueillir l’œuvre, et après venir avec son ressenti et ses références. Et cela passe par la médiation après les spectacles sous forme de brunch ou d’apéro. Les spectateurs et spectatrices vont justement parler de ce qu’ils ont vu, comment ils ont traversé le spectacle. On met tout ça en commun et c’est ultra chouette.

Et au niveau des valeurs ?

A la Comédie, il existe un projet : le projet POP. Le Projet Ouvert aux Populations. Tout le monde est le bienvenu dans une institution culturelle avec des financements publics. Notre boulot est de casser ses freins, de casser ses a priori sur le théâtre cathédrale où les portes sont difficiles à ouvrir. C’est pour ça qu’on crée énormément de choses pour qu’il y ait bien forcément, dans 45 spectacles, une thématique qui va plaire à chacun. Donc ce projet POP, ça inclut vraiment toutes les valeurs de la Comédie. Comme l’inclusion, une diversité des corps, une diversité des cultures, une diversité des propositions.

Dans notre volonté d’ouverture, nous proposons les Playtime. Quelques week-ends dans l’année, la Comédie ouvre intégralement son théâtre gratuitement. Il y a des spectacles dans plusieurs salles, des visites, des ateliers de création, des rencontres dans le hall. Et il existe même sa version tournée vers les enfants avec Playtime Kids. Moi, j’adore quand il y a des enfants qui entrent dans le théâtre et qui sont déjà habitués. Ils courent vers le coin enfant et savent où il y a le coloriage, où est la barbe à papa. Ils demandent eux-mêmes leur casque avant d’entrer en salle pour réduire le bruit. Et avoir déjà des enfants qui s’approprient ce lieu, c’est hyper cool.

On peut aller partout en fauteuil à la Comédie, on a une boucle magnétique pour les gens qui sont malentendants, on a un amplificateur sonore disponible gratuitement dans le hall pour les enfants. On encourage aussi la mise en place du surtitrage. Plein de petits dispositifs qui cassent tout ce qui pourrait empêcher la venue et qui encouragent de venir. On est complètement accessible.

  « On souhaite apprendre, à la Comédie, à sortir du jugement « j’aime / j’aime pas ». »

Est-ce que tu peux nous décrire d’où tu viens ?

J’ai fait des études assez longues. J’ai commencé par un BTS tourisme, car au post-Bac je voulais aller vite vers la voie de la professionnalisation. Puis cette formation m’a assez frustrée. Elle n’était pas assez complète selon moi au niveau de de la pratique des langues. Donc je me suis inscrite en fac de langue, puis un master, et enfin un doctorat de recherche en art hispanique. Bac+8, alors que la bachelière voulait boucler le tout en 2 ans.

A côté, j’ai donné des cours à la fac et j’ai fait pas mal de stages notamment dans un FRAC à Lyon. J’ai aussi cogéré un label de musique sur lequel j’ai participé à son émancipation et à son développement.

Comme vous le voyez, je n’ai pas du tout une formation en communication. Je me suis vraiment formée sur le terrain à partir de mes capacités relationnelles et de recherche.

Journalistes et communicants, quels rapports entretiennent-ils d’après Émilie ?

Est-ce qu’il y a des différences claires entre communicants et journalistes, ou est-ce que c’est un un milieu qui se mélange ?

Non, alors ils se mélangent dans la pratique parce qu’ils se rencontrent beaucoup et qu’ils sont peut-être interdépendants. En effet, les communicants vont aider les journalistes à accéder à l’information de leur structure.

Moi, mon rôle, il est de créer du lien. Je dois être le facilitateur de notre point de vue. Au contraire, le « mauvais » communicant, lui, est celui qui va trouver les formules pour vendre l’invendable. Le « bon » communicant, c’est celui qui va valoriser, par les bons canaux, en étant honnête.

Aussi, les journalistes constituent un relais de notre information par leur traitement. Mais ils peuvent aussi donner leur avis. Ce n’est pas « je leur donne l’info et il la publie telle qu’elle », même s’il y a des médias qui font ça. Toutefois, je retiens qu’un journaliste traite l’information dans sa plus grande liberté.

Il existe un lieu qui réunit communicants et journalistes, c’est la conférence de presse. Comment en organises-tu une ?

J’avais tendance au début de mon parcours professionnel à la Comédie à en organiser assez souvent, en raison certainement du besoin de rencontrer les gens. Et c’est devenu un exercice que j’ai raréfié. J’estime aussi que le temps des journalistes est précieux, et que l’actualité culturelle, ou en général, est très riche.

On organise une conférence de presse quand on a une valeur ajoutée à apporter. Ce n’est pas dès qu’on a une info selon moi. Les motifs peuvent être la prise de parole rare de certains intervenants importants du milieu ou un lancement d’un projet impactant. Donc le but de la conférence de presse, c’est vraiment de marquer un projet fort.

Je fais même plus de conférence de presse à chaque lancement de saison. Avant, c’était un automatisme. Je suis sortie de ça parce qu’on a tellement maintenant de canaux de divulgation pour sortir la programmation, que le format de la conférence de presse n’est pas chaque année le format le plus pertinent pour les journalistes. Là où ça peut être intéressent d’en organiser une, c’est si ton intervenant doit faire un bon nombre de rendez-vous presse. Organiser une conférence de presse peut être salvateur pour lui.

  « On organise une conférence de presse quand on a une valeur ajoutée à apporter. »

Est-ce qu’il existe des manières de moderniser cette conférence de presse ?

Oui, en 13 lancements de saison, on a déjà pas mal changé. On propose, après la conférence, une soirée qui est vraiment une soirée dédiée à la presse, avec un temps d’échanges. La conférence de presse peut se retrouver délocaliser si on veut présenter un projet qui se fait ailleurs. Ou les emmener dans les salons d’hôtel pour un côté plus prestige, même si ce n’est pas quelque chose que je pratique.

On apporte aussi du contenu audiovisuel. On a par exemple toute la saison en vidéo. C’est une vidéo où Céline, la directrice de la Comédie, présente tous les spectacles de la saison en vidéo sous-titré et en audio. Les journalistes, qui ne peuvent pas assister aux soirées de lancement de saison où on présente tous les spectacles, ont là l’intégralité de la programmation annuelle. Même si ça remplace plus des supports du type communiqué de presse et dossier de presse.

D’ailleurs comment se compose un bon communiqué ?

Un communiqué doit donner déjà l’information principale. Elle doit être très claire. Un communiqué, on pourrait dire que c’est un synonyme d’information. Un communiqué égale une information. Faut que l’information soit concise et validée par la structure de par son caractère officiel. Puis, on va titrer avec la grosse information.

Ensuite on va écrire un texte pour donner plus de substances et l’accompagner d’une image. À partir du communiqué de presse, le journaliste doit avoir assez de ressources pour relayer correctement l’information. C’est-à-dire que s’il veut la relayer directement, il faut que le communique ait un aspect fini, qu’il soit impeccable.

Il peut avoir des communiqués de presse juste pour ré-annoncer les dates de spectacles, ceux qui annoncent un nouveau projet énorme, ceux de crise,… Et la destination compte : il ne va pas être le même s’il est destiné à la presse ou au grand public.

Les communicants peuvent-ils transmettre l’information directement au public, sans passer par cette intermédiaire journalistique ? Est-ce que typiquement les réseaux sociaux ne peuvent pas devenir la réception des communiqué à la place des journalistes ?

Pour suivre la fin de l’interview avec Émilie Fernandez, retrouvez notre podcast juste en-dessous. Profitez des explications plus en détail, la rubrique du « tu préfères », le ton posé du format et également le jeu « Good News / Fake News » en fin d’émission.

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