Arrivé en vélo, comme souvent, Damien Caillard arrive dans les bureaux du Club. Plusieurs minutes d’échanges s’en suivent avec le journaliste spécialisé sur l’écologie et fondateur du média Tikographie. Puis, sous une pluie battante, Damien nous laisse pour se rendre, toujours en vélo, à la conférence TEDx à Clermont-Ferrand. Mais ne soyons pas pressés ! Revenons sur cet échange d’abord. Damien revient sur Tikographie, son parcours, son projet « Doubaille » ou encore sa vision des métiers de la communication. Plus de précision ? Cela se passe en podcast sous ce lien et dans cet article.
Tikographie, un média engagé
Bonjour Damien, est-ce que tu peux déjà nous expliquer ce qu’est un journaliste ?
Et je pense qu’il y a derrière une intention de sensibiliser, de faire connaître ou d’orienter pour voir la société d’une certaine manière. Attention, ce n’est pas de convaincre des gens, juste donner des éléments pour agir d’une certaine manière. Après chacun est libre de choisir les médias qu’il souhaite consulter en fonction de cela.
Toi Damien, tu es journaliste à Tikographie. Est-ce que tu peux nous présenter ce média ?
On propose des reportages, des portraits, des entretiens sur des hommes et des femmes qui mènent des initiatives locales d’adaptation au dérèglement climatique et environnemental. On sensibilise nos lecteurs pour les pousser à s’engager. S’engager pour agir face à la manière dont le règlement climatique impacte le territoire.
On a une approche plutôt magazine. On fait des articles de fond à raison de deux par semaine. Plus des événements chaque mois. On vend aussi un recueil papier une fois par an.
Sur le modèle économique, Tikographie est un média gratuit et sans publicité, qui fonctionne principalement par du don, des adhésions, des aides à la presse. On reste sur un principe de gratuité.
Pouvons-nous dire que le rôle de Tikographie, c’est avant tout d’alerter sur l’écologie et sur les conséquences anthropocènes sur l’environnement ?
Donc l’objectif est de pousser les lecteurs à rejoindre ceux qui prennent ces initiatives et agir à leur côté.
« On sensibilise nos lecteurs pour les pousser à s’engager. »
Et aujourd’hui, quelles fonctions occupes-tu dans ce média ?
Moi, je me suis concentré sur le reste. Donc ça va de la technique web aux recherches de financement, en passant par le juridique, l’animation, la communication. Tout ce qui fait tourner une association. Même si je faisais encore très ponctuellement des articles.
Et aujourd’hui et bien j’ai laissé, depuis septembre 2025, l’opérationnel de Tikographie à Justine Lhoste et Claire Iehl, avec Marie-Pierre. Puisque moi je vais changer de vie et m’installer plutôt vers le territoire du Forez.
Quelles sont les valeurs de Tikographie ?
Nous sommes un média engagé. On ne pense pas être militant, mais on est engagé dans le sens où, effectivement, on affiche la cause qu’on souhaite soutenir. On essaie d’alerter : « attention, ce sujet est vraiment très important et il faut vraiment le prendre en compte ».
Et puis il y a une forme d’universalité parce que ce sont des sujets environnementaux qui touchent déjà tout le monde avec les sécheresses, les manques d’eau, les canicules. Notre baseline, c’est un média engagé pour un territoire habitable.
Riche histoire
D’où vient cette vocation de s’intéresser au sujets environnementaux ?
Et en 2018, la démission de Nicolas Hulot en tant que ministre de l’environnement m’a vraiment marqué. J’ai compris, à ce moment-là, que la question environnementale était devenue un vrai problème. C’est l’instant où je l’ai intégré, où je me suis dit « il faut que je le traite en tant que journaliste, parce que c’est le sujet qui va être le plus important ».
Quelles études as-tu menées plus jeune ?
J’ai passé mon bac en 1994 à Clermont. Puis je suis monté à Paris, j’ai fait une prépa école de commerce, que j’ai faite ensuite à Lyon. La prépa m’a vraiment marqué. C’était vraiment exigeant, mais ça m’a apporté énormément de choses en terme de connaissance et de manière de faire. En parallèle, j’ai fait une licence de droit.
J’ai aussi eu un double diplôme, en Angleterre, de système d’information. Et à la fin, j’ai fait Science Po Paris et c’est là que j’ai fait une formation qui se rapprochait d’une formation journalistique, sans être une école de journalisme.
Comment s’est passée la période post-études ?
Après mes études, j’ai monté une boîte de vidéo qui s’appelait Studio Mio. Elle faisait de la réalisation vidéo pour les entreprises et les collectivités.
Et en 2009, mon père, qui était Jean-Pierre Caillard, ex-PDG de La Montagne, a souhaité travailler avec moi. Donc je suis rentré dans le journal en tant que coordinateur numérique, puis brièvement directeur numérique. Après son décès en 2012, j’ai travaillé sur les questions d’innovations toujours au sein du groupe.
Puis je suis parti en 2016, et c’est là que je suis rentré à Épicentre, un cowork dans le centre de Clermont. Un lieu très inspirant pour moi. Et j’ai créé Le Connecteur.
« J’ai compris, à ce moment-là, que la question environnementale était devenue un vrai problème. »
Quand est arrivée cette envie de devenir journaliste ?
Et ensuite, quand j’étais à Science Po, j’ai fait un stage dans le journalisme au magazine Le Point. Là, dans un cadre beaucoup plus professionnel, j’ai pris conscient de ce que c’était « être journaliste ».
Tu nous as parlé des compétences numériques que tu as pu acquérir. Est-ce que l’IA aujourd’hui fait partie de tes pratiques ?
Et je me dis que, pour des raisons d’efficacité, je vais enregistrer ces entretiens et ensuite les retranscrire pour en faire une version écrite, en plus de celle audio. Et l’IA va m’être utile pour ça. Je vois un outil comme Transkriptor par exemple.
Maintenant, je pense qu’il faut être vraiment vigilant sur l’usage de l’IA et sa consommation énergétique. Différents points à mentionner. D’abord sur son utilisation abusive où on demande n’importe quelle question à Chat GPT. Ensuite, la question de la dépendance aux IA et la perte de certaines compétences. Et enfin, prendre conscience que des moteurs IA peuvent être orientés politiquement. Il peut y avoir des biais, elles ne sont pas forcément neutres.
« L’IA ? Je l’utilise très peu. »
Est-ce que tu as des médias que tu préconises pour s’informer ?
Après, il existe d’autres médias locaux, des youtubeurs. Je pense à Livradois Forez, qui s’est arrêté. C’était une source d’information intéressante puisque cette web TV était engagée et présente sur le territoire. Il y a éventuellement les sources provenant des acteurs constitués : entreprise, collectivité. Même s’il faut prendre ces infos avec du recul.
On peut aussi citer, tout simplement, les relations sur le temps long avec des personnes en allant les voir.
Et aussi franchement les réseaux sociaux, moi j’ai quand même du mal à poster dessus parce que ce n’est pas trop mes habitudes, mais c’est une source. Pour les réseaux sociaux, je dirais également les commentaires des articles. Alors, il y a peut-être 90 % de trucs à jeter, mais quand on fait bien le tri, des fois on tombe sur des commentaires intéressants.
Tu portes un projet depuis quelques temps, le « projet Doubaille », peux-tu nous le raconter ?
Le but c’est de voir ce qu’un particulier peut faire sur un terrain normal, avec des moyens pas pharaoniques. Un projet pour inspirer, et j’essaie de raconter cette expériences aux autres. Par exemple, sur le fait que je teste des techniques de construction et d’aménagement. Faites pour avoir de la résilience thermique.
Les communicants, des acteurs importants d’échanges
Comment peut-on parvenir à se détacher, quand on est journaliste, des messages transmis par les communicants ?
Donc, le travail journalistique c’est partir du constat : « J’ai une phase de la médaille qui est développée et valorisée par le communicant. Il me faut maintenant d’autres points de vue qui vont peut-être m’apporter d’autres éléments. » Enfin, faut le voir comme une source à prendre avec beaucoup de précaution, mais une source qui reste très intéressante.
Comment décides-tu à aller à telle conférence de presse et pas une autre ?
Donc c’est chouette de voir des gens qu’on connaît, ou même des gens qu’on ne connaît pas. Et ça permet de créer ou de renforcer des liens. Donc je dirais que l’avantage se porte plus sur le côté humain. Aujourd’hui, je n’y vais pas assez pour des questions de temps. Mais je sais que quand j’y vais, c’est pour aller rencontrer tels individus et pour renforcer des relations.
Donc on peut dire que tu classifies les outils communicationnels en deux parties : ceux pour l’échange, où se dédie la conférence de presse, et ceux pour tirer l’information, où le dossier de presse et le communiqué de presse peuvent aider. Sur un communiqué de presse, par exemple, quelles informations veux-tu obtenir ?
J’attire mon attention si c’est, je ne sais pas, un projet de transition écologique, mais qui a des gros des gros acteurs industriel ou agroalimentaire derrière, par exemple. Ce n’est pas la même chose qu’un projet de transition écologique proposé par une petite association locale, même si les deux passent par un communiqué de presse. Le communiqué de presse, faut bien le creuser.
En soi, quelles différences identifies-tu entre un communicant et toi le journaliste ?
La réponse à cette question vous intrigue ? Elle est à retrouver dans le podcast complet du portrait de Damien. Vous y retrouverez aussi bien plus de détails sur les autres points évoqués, le Oui / Non, et enfin jouez au Good News / Fake News. Damien fera-t-il mieux que le 5 sur 7 d’Émilie ? Une seule façon de le savoir.
Classement du jeu Good News / Fake News
| Emilie Fernandez | 5/7 |
| Damien Caillard | ??? |