Les faits divers et la photo ont un seul point commun : Adrien Fillon. Adrien est pris par sa passion pour la photographie et par sa couverture des affaires de justice pour La Montagne. Le (photo)journaliste s’est libéré entre un procès au tribunal correctionnel et son article à rédiger pour le quotidien. L’occasion de savoir comment jongle-t-il entre ces deux activités ? C’est à apprendre dans cet article ou en podcast ci-joint.

Est-ce que tu peux nous expliquer, de la manière la plus concise possible, ce qu’un journaliste ?
Le journaliste, c’est quelqu’un qui collecte des informations. Et il doit les vérifier en les recoupant. Sa mission est de faire parler un peu tout le monde sur le sujet, en respectant le contradictoire.

Tous ces éléments conduisent à obtenir après une espèce de « vérité ». C’est pour cela qu’il est important de rendre tangibles et visibles ces informations afin que le public en prenne connaissance.

Tu as débuté en octobre 2025 une spécialisation dans les faits divers. En quoi consiste le métier d’un journaliste couvrant ces actualités judiciaires ?
En fait, c’est une routine qui est un peu tout le temps pareil. Au service faits divers de La Montagne, à Clermont-Ferrand, nous sommes quatre. Chacun son tour, nous allons passer une semaine en permanence. Et celui en permanence va appeler tous les jours au téléphone le service de secours, les services de police, le parquet de Clermont. Son rôle est de prendre le pouls, savoir ce qui se passe sur le département.

Après, il y a un journaliste qui est dédié au tribunal. Lundi, mercredi et jeudi, il assiste aux audiences du tribunal correctionnel. Et un autre journaliste se consacre aux comparutions immédiates, lundi, mercredi et vendredi. Ces comparutions concernent les personnes jugées après leur garde à vue.

 

« Nous devons faire le tri sur les affaires. »

 

Vous organisez un véritable roulement ?
Oui absolument. Quand je suis en permanence, évidemment je ne peux pas aller au tribunal. Difficile de jongler entre les deux, et il faut prioriser la permanence. Donc nous alternons régulièrement.

Là typiquement, je sors d’une semaine de tribunal correctionnel. Et la routine tourne entre procès et rédaction. On ne sort pas souvent, on ne fait pas de reportage, on ne part pas tellement sur le terrain. Ce schéma est inhérent aux faits divers.

Quelles affaires vous attirent le plus à La Montagne ?
Cela dépend généralement de l’actualité clermontoise. Évidemment que les histoires liées au trafic de stupéfiant et au règlement de compte sur fond de narcotrafic reviennent souvent. Nous les traitons de l’acte commis jusqu’à la décision rendue par le tribunal.

Après, la hiérarchie de l’information fait que, à cause d’un manque de place, nous devons faire le tri sur les affaires. C’est ainsi que nous allons privilégier des affaires « plus graves » à d’autres, celles d’une importance plus capitale.

Les coulisses du fait divers

Qui vous prévient d’un délit, d’un crime ou d’un accident qui se produit dans la région ?
Tous les jours, nous avons la police, le parquet de Clermont et les pompiers au téléphone. Ils vont nous annoncer ce qu’il s’est passé sur les dernières heures.

Prenons un exemple, un accident de voitures au boulevard Clémentel. Les pompiers vont nous appeler pour nous mettre au courant de cette actualité. Après notre mission est de recouper les informations avec les services de police. Cette étape nous conduit à connaître plus en détails ce qui s’est passé. Puis on finit avec le parquet qui nous confirme ou non s’il ouvre une enquête.

Donc une fois que nous avons recoupé toutes nos infos, bien sourcées, c’est à ce moment que nous pouvons écrire et ensuite publier le papier.

Vous pouvez aussi être informés par des individus, hors des institutions régaliennes ?
Après, ça peut aussi être effectivement des passants. Ils peuvent nous appeler via un téléphone de permanence, joignable 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Nos correspondants locaux peuvent aussi nous appeler dans les villes qu’ils couvrent, c’est plutôt utile.

Toutefois, il y a à boire et à manger. Il existe des informations qui ne sont pas d’une grande envergure, mais nous devons quand même bien les vérifier. Et à nous de trancher pour décider si on écrit un papier dessus, ou pas.

 

« Cette réalité a complètement bouleversé ma perception. »

 

Et est-ce que le journaliste peut donner toutes les informations concernant une enquête judiciaire ?
Non, c’est le fameux secret de l’enquête. Quand une information sensible arrive, on demande si nous pouvons la publier ou si au contraire nous devons temporiser. Typiquement, le off est très présent dans les faits divers. C’est-à-dire que des sources peuvent nous donner des infos, mais tant que nous n’avons pas de déclaration dite officielle, nous ne pouvons rien publier.

A la rédaction, nous avons une charte d’éthique dédiée aux faits divers. Et dans cette charte, des règles sont stipulées. Par exemple, sur la divulgation de l’identité de l’individu condamné. Il faut que les gens sachent que l’identité d’un condamné devant le tribunal judiciaire est publié dans son intégralité à partir d’un an de prison ferme avec mandat de dépôt.

Il est vrai que le fonctionnement de la justice est souvent décrié par le grand public, mais au final il est assez méconnu dans les détails. Est-ce que ce n’est pas aussi le rôle du journaliste fait divers d’être pédagogue sur la thématique ?
Oui j’accepte ce rôle de pédagogue car j’étais aussi dans ce même cas de méconnaissance. Quand je suis arrivé aux fait divers en octobre dernier, j’étais doté d’aucune formation en droit. Au départ, c’était bien flou. Qui fait quoi ? A quel moment telle institution intervient dans l’affaire ? En clair, c’était autant compliqué pour moi que pour un lecteur lambda.

Après, au fil du temps, j’ai appris. Et à partir des connaissances acquises sur les procédures, j’essaie maintenant de bien expliquer ce fonctionnement dans mes papiers. Je les séquence de manière à ce que les gens comprennent qui parle et à quel moment. Donc je tente d’être le plus pédagogue possible, sans non plus noyer le lecteur sur le fonctionnement complexe d’un tribunal.

Est-ce que ta vision personnelle du fait divers a évolué depuis ta prise de fonction ? 
Je dirais oui, dans le sens où je me rends compte qu’un simple fait divers banal peut détruire la vie de la victime et même du prévenu. Avant, je lisais deux lignes d’une affaire sans plus. Un accident de la route, un accident mortel, tout cela semblait loin et « vraiment banal ».

Mais maintenant que je les couvre, que je suis vraiment dedans, je découvre cet envers du décor. On baigne dans un monde pas joyeux, où la moindre affaire entraîne des conséquences néfastes. Et cette réalité a complètement bouleversé ma perception. Quand tu traites régulièrement d’actualités noires, forcément cela se ressent sur le moral. Et c’est à force de voir passer toutes ces nombreuses affaires sombres, qu’on arrive peu à peu à s’en détacher.

Le journalisme en un seul cliché

Abordons désormais le visage du photojournaliste. Comment a commencé cette relation avec la photographie ?
Et bien, faut remonter à 2021. J’étais encore en licence d’anglais à Clermont-Ferrand. J’ai toujours eu en moi cet attrait pour l’info. J’adore avoir ce pouvoir, entre les mains, de délivrer une information à un public. Et ce que j’aime tout autant, c’est la photo que j’ai commençais en 2018, en amateur comme tout le monde.

Donc comment profiter de ses deux passions ? En les mélangeant ! J’ai débuté par de la photo d’actu, de la photo de presse. Je sortais dehors photographier les manifestations, les meetings politiques. Toute cette activité je la réalisais à côté de ma licence, allant jusqu’à sécher quelques cours… Mais cela ne m’a pas empêché d’obtenir mon diplôme !

Comment un média peut reprendre ta photo ? 
Alors, j’ai déjà commencé à toquer à la porte de NurPhoto. C’est une agence italienne qui travaille notamment avec l’AFP. Je me suis dit que c’était pour moi une bonne première porte d’entrée. Donc j’ai transmis mes premières photos pour cette agence, et à partir de là, je sortais tout le temps dès qu’il y avait une micro-actu dans le coin.

 

« Une photo réussie se dessine comme une belle photo, qui donne l’information nécessaire. »

 

Et aujourd’hui ? Faut-il aller tout le temps toquer chez les agences et la presse ?
Généralement, on envoie nos clichés à l’agence avec laquelle on collabore. Aujourd’hui, pour ma part, je travaille avec Hans Lucas. Donc je leur envoie nos photos, je les diffuse aussi sur les agences filaires comme AFP et Reuters. Ainsi, nos photos apparaissent sur un fil et les médias peuvent les acheter.

Concernant le procédé, on bosse solo. On décide de quel événement on couvre, sans prévenir personne. Puis ce sont aux médias de se servir ou pas dans la liste. Après, il arrive que les médias nous commandent une photo spécifique pour couvrir un sujet dans le coin. Ils nous appellent, passent leur commande puis nous payent directement.

Pour toi Adrien, c’est quoi une photo réussie ?
Une photo de presse réussie, c’est pour moi une photo qui, quand tu la regardes, doit être informative. Dans tous les cas, dès que tu jettes un œil dessus, tu dois obtenir toutes les infos. Les 5W. Surtout « qui ? », « quoi ? », « quand ? » et « où ? ». Plus difficile pour le « comment ? » et le « pourquoi ? », je te l’avoue.

Et en plus de son apport informatif, la photo doit être esthétique, agréable à voir. Donc une photo réussie se dessine comme une belle photo, qui donne l’information nécessaire.

Embarquons en conférence de presse !

Pour revenir à La Montagne. Comment décrirais-tu l’importance des médias locaux dans la diffusion de l’information de proximité ?
Notre situation géographique, au cœur du Puy-de-Dôme et de la région, nous permet d’être en première ligne. La Montagne est le réceptacle des informations de proximité. Nos journalistes sont locaux, donc possèdent forcément un carnet d’adresses assez conséquent.

A titre personnel, j’ai fait un court passage à Issoire. Là évidemment, les gens nous reconnaissent et viennent nous parler dans la rue. Et c’est pour cette raison précise que je travaille pour La Montagne et non à Paris sur des sujets nationaux. Cette proximité est propre aux médias locaux. On peut réaliser les sujets qu’on aime, les gens sont abordables et on commence à connaître pas mal de monde sur le territoire.

Durant ton parcours à La Montagne, tu as assisté à des conférences de presse tenues par des organisations variées. Je pense en particulier à ton passage à Issoire par exemple. Aujourd’hui aux faits divers, je suppose que tu ne t’y rends pas tellement. Quels souvenirs conserves-tu de l’exercice de la conférence de presse en tant que journaliste ? Intriguant ? Passif ?
Il y a un peu de tout. Passif parce que des fois tu ressors de la conférence sans les réponses que tu t’attendais à obtenir. Dans ce moment, tu t’interroges sur le fait qu’un communiqué de presse aurait très bien pu faire l’affaire. Et dans l’autre côté, cet exercice est pertinent grâce aux échanges dont tu peux bénéficier avec les interlocuteurs. Le off se développe aussi dans ce contexte. Puis après, les croissants et le café sont servis, donc c’est bien !

 

« Un communiqué peut être diapré de petits éléments pertinents qui nous sont totalement inconnus. »

 

Existe-t-il des motivations précises pour se déplacer à une conférence et pas à une autre ? Est-ce que par exemple l’aspect relationnel joue, ou le fait que qu’elle présente un gros projet ?
Oui clairement. Quand j’étais encore en alternance pour La Montagne, j’ai assisté à l’avancée du projet Inspire. Par exemple, l’ouverture de trois parkings relais. On s’y rend pour comprendre le principe et comment ils vont fonctionner.

Après, La Montagne reçoit beaucoup d’invitations, donc faut faire le tri en fonction de ce qui est pertinent d’aller couvrir. Typiquement la réflexion d’un rond-point, est-ce que ça vaut vraiment le coup d’y aller pour un rond-point ? A moins qu’il ait une histoire de dingue ce rond-point, il ne relève pas d’un grand fait d’actualité…

Mais je pense que le principal critère, c’est le sujet de la conférence de presse. Nous en avons peu aux faits divers, mais récemment une s’est tenue pour présenter la nouvelle préfète du Puy-de-Dôme. Et mon collègue s’y est rendu. Cette conférence de presse actait un changement institutionnel, il était donc important d’y assister.

Pour annoncer une conférence de presse, un communiqué est envoyé. De façon générale, quels éléments accordent ton attention sur un communiqué de presse ?
Là, c’est le journaliste faits divers qui va évidemment te parler. Moi, je vais être focus sur les éléments dont nous n’avons pas eu connaissance auparavant. Si je reprends un exemple en tête, le mois dernier à Gerzat, des parents sont soupçonnées d’avoir tué leur fils à coups de sabre. Moi j’ai suivi le père devant le juge.

Et à la fin, le parquet a fait un communiqué de presse pour expliquer qu’il a été mis en examen et placé en détention provisoire. Et dans ce communiqué, le parquet a précisé que le sabre avait été retrouvé taché de sang. Un détail que je n’avais pas. Donc un communiqué peut être diapré de petits éléments pertinents qui nous sont totalement inconnus. Ce qui nous conduit, ainsi, à les injecter dans le papier et par conséquent à rendre notre article plus complet.

Et de manière plus générale, en dehors des faits divers, à quoi servent les communiqués pour un journaliste ?
Pour découvrir la réponse d’Adrien Fillon à cette question, écoutez son podcast. Vous rencontrerez plus en détails Adrien avec d’autres questions posées, le Oui / Non et le jeu Good News / Fake News.

Le Top 10 du jeu Good News / Fake News

 

Hadrien Barrau 7/7
Nicolas Cheviron 7/7
Géraldine Houot 6/7
Marc Chaumeix 5/7
Daniel Desthomas 5/7
Damien Caillard 5/7
Émilie Fernandez 5/7
Frédéric Torrent 4/7
Marie-Luce Bozom 3/7
Lila Boulandet 3/7
Adrien Fillon ???