Les journées ne font que 24h… Est-ce assez pour que Sonia Reyne combine ses multiples activités ? Pigiste pour de nombreux médias et active pour des organisations comme l’UCP2F, Profession Pigiste, le SNJ-CGT ou encore le Club de la Presse Auvergne,… Les journées à rallonge, Sonia connaît. Mais connaissez-vous Sonia au-delà de ce curriculum vitae tout juste déroulé ? Cette question ne se pose pas quand la réponse se trouve juste en-dessous. Lisez l’article ou écoutez le podcast sous ce lien pour en apprendre plus de Sonia Reyne.
Un journaliste, c’est quelqu’un qui est l’interface entre ce qui se passe et les citoyens. Il va raconter, il va chercher, il va comprendre, puis il va expliquer à tout le monde ce qui sait. En fait, un journaliste est à l’image d’une petite commère, à l’exception qu’il vérifie son travail et qu’il essaye de ne pas trop dire d’erreur.
Une autre métaphore ? Le journaliste, il se rend de l’autre côté de la colline pour vérifier si les mammouths ou les bisons sont présents. Si c’est le cas, il revient prévenir la tribu. « C’est bon les gars, les mammouths sont là, on peut partir à la chasse ! ». Et s’ils sont absents, son repérage a permis, à toute la tribu, de ne pas avoir à se déplacer pour vérifier l’autre côté de la colline.
Alors, tu en as certainement oublié. Pour rectifier, je pense, par exemple, à Alternative Économique avec lequel je collabore par moment. Mais il y en a aussi, parmi ceux que tu as cité, où je ne travaille plus. Je pense à Esprit d’ici et à Marianne.
Après pourquoi je travaille pour autant de médias ? La pige, pour moi, c’est un vrai choix. Ce n’est pas un choix pour tout le monde, j’en ai conscience. Mais pour moi, la pige reste quelque chose d’extrêmement épanouissant. Je peux travailler de façon différente et toujours libre. En fonction des titres, je m’adresse à des publics qui changent et je traite de sujets très variés. C’est ça que j’aime faire.
« Je suis devenue une « mercenaire » de l’information. »
Je ne vais pas te mentir que c’était compliqué. Elle a duré 2 ans et j’avais mes enfants à côté. Mais j’étais très contente de la suivre. Et quand je suis sortie du CFJ, j’étais face au petit déjeuner continental à l’hôtel. Je voulais tout goûter, tout essayer. « Tiens, j’ai envie de faire de la presse locale, de la presse nationale, oh de la quotidienne, whah de la presse magazine ! ».
J’avais une forte envie d’écrire différents formats. Je suis devenue une « mercenaire » de l’information. L’école m’a ainsi apprise à travailler quelque soit le type de presse écrite, et elle conduit plutôt bien à devenir pigiste.
Pas encore non, mes enfants n’étaient pas si grands que ça, donc j’avais besoin d’un CDI ou d’un CDD avec un salaire qui tombe régulièrement. Ainsi, je remplaçais des journalistes à La Montagne, je travaillais pour le Paysan d’Auvergne à mi-temps.
Mais attention, j’étais pigiste pour quelques titres à côté aussi. Ce fonctionnement me permettait de cumuler à la fois la pige et la sécurité d’un contrat de travail régulier.
« Cet ascenseur émotionnel chez les pigistes est permanent. »
Plus le temps passe, plus j’ai le choix. En début de carrière, on ne va pas se mentir, tu prends un peu ce que tu trouves. Je visais, pas forcément les médias qui me plaisaient, mais les journaux qui proposaient des sujets qui m’attiraient : économie, agriculture, luttes sociales et environnement. Tant que je parlais de la vraie vie des gens, ça allait.
Ainsi, je cherchais à placer mes articles; sur ces thèmes-ci, dans les journaux qui me répondaient. Même si des fois je publiais dans des journaux où je ne me sentais pas trop à l’aise, je les gardais quand même.
Et c’est une fois que mes enfants n’avaient plus besoin que je gagne ma vie, que j’ai pu dire à certaines rédactions que je n’étais pas disponible, que je préférais me consacrer à une autre rédaction. Aujourd’hui, j’ai le choix.
Une semaine type de pigiste, c’est quand tu te jettes partout. Il y a des semaines où tu es déprimée. Tu marronnes : « Non je n’ai pas vendu de sujet, je n’ai pas de propositions, je suis nulle, je ne gagnerai jamais ma vie ».
Puis tu engages des semaines tendues où tu n’arrives pas à rendre tes articles à l’heure. Et c’est dans ce genre de semaine que tu cours partout. Enfin, je te présente les semaines d’euphorie : « Super, mon papier est passé et je n’ai que des retours sympas ! »
Finalement, la semaine d’une pigiste est une semaine avec des émotions en dent de scie. Que ce soit moi l’hyperactive ou mes copines pigistes bien plus organisées, ces types de semaines en montagnes russes émotionnelles sont communes. Cet ascenseur émotionnel chez nous est permanent.
Ecrire un article, tout un travail liminaire
Comme je ne me trouvais pas assez occupée avec l’Union des Clubs de la Presse de France et Francophone, le Club de la Presse Auvergne, Prenons la Une, Profession Pigiste, le syndicat journaliste SNG-CGT,… Non, ce n’est pas vrai, je me trouvais assez occupée.
Mais on vient de créer un nouveau média qui remplace la Galipote, disparue en 2025. Ce nouveau média s’appelle, comme tu l’as dit, Mag’Éruptif. C’est un journal local monté par un collectif d’anciens de la Galipote. Anciens dessinateurs, anciens auteurs, anciens lecteurs,…
On voulait faire revivre la Galipote avec sa ligne éditoriale. Et Mag’Éruptif est né de cette volonté. Un journal sans publicité diffusé dans toute l’Auvergne. Et vous pouvez dès à présent retrouver notre newsletter mensuelle, et bientôt notre print à chaque trimestre.
Concernant l’IA, je l’utilise, tout à fait oui. Typiquement, pour toiletter une interview. Je t’explique. Quand je mène l’interview de quelqu’un, il se peut que des erreurs se glissent. Assez logiquement. Je donne donc ce contenu à l’IA qui me nettoie l’échange et enlève les répétitions.
L’IA m’aide aussi pour mon contenu écrit. Elle élimine ainsi mes fautes de frappe. Et ça m’arrive même de lui demander de vérifier des infos ou de mener le contradictoire dans mon article. Je lui demande clairement : « Dis-moi ce qu’il manque dans cet article. » Je regarde ce que l’IA me répond, puis je juge en gardant quand même un regard critique.
« Dis-toi que tu t’adresses à ta grand-mère. »
D’abord, il se passe toujours quelque chose en Auvergne. Ce territoire est très actif et vivant. C’est une certitude. Et puis on a l’impression qu’un journaliste doit toujours chercher des sujets originaux. Le journaliste doit juste informer sur ce qu’il y a de neuf.
En réalité, il y a des sujets que j’ai traités il y a 10, 20, 30 ans. Et je n’hésite pas à en reparler parce qu’ils ont évolué. Nous devons, en fait, sortir de l’idée qu’il faudrait absolument des choses nouvelles. Il y a des éléments qui ne sont pas neufs du tout, mais dont plein de gens n’ont pas encore entendu parler, et qui méritent qu’on parle d’eux.
Moi, le conseil que je donne aux étudiants. D’ailleurs, j’ai oublié de t’en parler, je donne en effet des cours de journalisme, à l’Université de Vichy depuis 18 ans.
Donc le conseil que je donne aux étudiants, c’est d’imaginer que vous parlez tout simplement à un proche. Je leur explique ainsi : « N’écris pas d’une manière complexe. Dis-toi que tu t’adresses à ta grand-mère, à ta coiffeuse, à ta meilleure copine. Raconte-lui ce que tu as à dire sur ce sujet. »
Et je pense que c’est hyper important pour un journaliste, justement, d’écrire pour la personne à qui il s’adresse. Pour cela, il faut s’imaginer pour qui on publie.
« Cet article ? Je m’étais vraiment torturée pour l’écrire. »
Je pense que celui qui m’a le plus marqué porte sur une expérience à l’étranger. Je me suis rendue en reportage en Turquie, sur la culture des roses. J’avais trouvé ça super. Un reportage intéressant car il racontait toute l’universalité de l’agriculture, un domaine qui me plaît.
J’avais retrouvé plein de choses en commun entre ces femmes turques qui faisaient la cueillette des roses et les agriculteurs auvergnats. Raconter cette histoire, que j’avais transmise à plein de journaux, c’était chouette.
Après, qu’est-ce qui m’a marqué… Peut-être bien mon premier article publié. Il m’avait beaucoup torturé. Il rentrait dans un gros dossier sur l’extrême-droite pour la Galipote. Et mon article portait sur une école dans un village du Puy-de-Dôme.
Des alchimistes mettaient une pression locale sur cette école. Pourquoi ? Il y avait du couscous à la cantine… J’avais fait un article sur « Pas de couscous à la cantine ». C’était une brève, moins de 1 000 signes. Mais je m’étais vraiment torturée pour l’écrire, il ne fallait pas une seule virgule de travers.
Les chargés de communication, un gain de temps
Nos relations sont très cordiales. Je m’appuie beaucoup sur les chargés de com’, les attachés de presse. Ils me font gagner du temps, et le temps est précieux pour une pigiste. En effet, généralement, ils comprennent vite de quoi j’ai besoin. Donc c’est bien quand il y a des gens qui vous facilitent la vie, c’est super agréable.
Après, je prends ce qu’ils me racontent, mais évidemment je ne me contente pas seulement de ces échanges. Je vais vérifier, faire du contradictoire. Appliquer mes fonctions de journaliste, tout simplement ! Et non pas réaliser un petit copié-collé d’un communiqué de presse.
Les conférences de presse, c’est important et c’est intéressant. D’abord, parce qu’elles me permettent de faire du réseau avec mes confrères et mes consœurs journalistes. L’occasion de les rencontrer, de discuter avec eux.
Après, ce que je trouve difficile avec les conférences de presse, c’est une date et une heure fixées à respecter. Il y a plein de fois où j’aimerais m’y rendre, mais je ne suis pas libre. Cependant, cela reste un bon format car il nous conduit, justement, à recevoir des infos sur un sujet.
Très sincèrement, je suis assez curieuse. Si je m’écoutais, j’irais un peu partout parce que tout m’intéresse. Quand on est journaliste, on est tout le temps à la recherche de sujets et de nouvelles informations. Mais la grande difficulté est avant tout d’être disponible.
Si je devais mentionner deux motifs, avant tout, c’est d’apprendre des choses et questionner nos interlocuteurs. Ultra important de poser des questions. Je ne vais pas venir juste pour écouter un discours, sans pouvoir interférer.
Afin de connaître le mot de la fin de l’interview, retrouvez le podcast en intégralité ci-dessous. Vous profiterez d’une version plus complète avec plus de détails, le Oui / Non et le jeu Good News / Fake News.
Le Top 10 du jeu Good News / Fake News
| Hadrien Barrau | 7/7 |
| Nicolas Cheviron | 7/7 |
| Géraldine Houot | 6/7 |
| Marc Chaumeix | 5/7 |
| Daniel Desthomas | 5/7 |
| Damien Caillard | 5/7 |
| Émilie Fernandez | 5/7 |
| Frédéric Torrent | 4/7 |
| Adrien Fillon | 3/7 |
| Marie-Luce Bozom | 3/7 |
| Sonia Reyne | ??? |