Nous retrouvons Géraldine Houot pour ce nouveau portrait. Géraldine travaille pour Le Monde en tant que correspondante locale. Mais elle s’attarde surtout sur son rôle de pigiste pour la Maison Écologique et l’Observatoire des énergies renouvelables. C’est bon à savoir, elle a également été présidente du Club de la Presse Auvergne de 2019 à 2023. Apprenons-en plus sur Géraldine à travers cet article ou en podcast, via ce lien.

Bonjour Géraldine, est-ce que tu peux nous expliquer le rôle d’un ou une pigiste ?
Bonjour Lucas. Le rôle d’un pigiste, c’est le même rôle qu’un journaliste. Les pigistes, nous surveillons soit notre zone quand on est correspondant sur un territoire, soit l’actualité de nos domaines quand on est expert d’une spécialité. On fait des propositions aux journaux, pour lesquels on travaille, en fonction de l’actualité. Et après on attend patiemment la réponse.

Tu peux compter des pigistes qui travaillent dans des domaines très différents pour beaucoup de journaux. Et il existe certains pigistes qui, eux, travaillent seulement pour une ou deux rédactions. Ça dépend beaucoup d’eux, c’est assez variable. Mais sinon, globalement, c’est le même rôle que celui du journaliste.

Développe-nous la liste des médias pour lesquels tu travailles. Plutôt peu ou plutôt beaucoup de rédactions différentes ?
Alors au quotidien, je travaille pour Le Monde et le journal des énergies renouvelables. En fait, c’est l’Observatoire des énergies renouvelables qui a plusieurs publications. Et je travaille pour eux depuis 2007, ça fait longtemps. Il s’adresse vraiment aux collectivités et aux acteurs des différents secteurs des énergies renouvelables.

Par ailleurs, je travaille aussi pour la Maison Écologique depuis très longtemps aussi. Donc là, c’est un magazine qu’on peut trouver en kiosque. Et il touche les gens qui construisent leur maison, qui la rénovent ou qui simplement veulent avoir des conseils pour trouver de bons artisans.

Comme tu peux le noter, je traite de choses variées. Ainsi, j’adopte des écritures très différentes, des angles très différents et des longueurs très différentes. Et moi, c’est ça qui me plaît.

Tu nous parles de l’Observatoire des énergies renouvelables. C’est une revue trimestrielle qui traite des thèmes comme l’éolien ou la photovoltaïque. Toi concrètement, sur quoi écris-tu ?
Alors moi, j’écris sur toutes les énergies. Je fais beaucoup d’enquêtes. Beaucoup qui peuvent tourner autour du financement des énergies renouvelables, sur les terres rares, sur les matériaux utilisés dans les énergies renouvelables. Je parle de choses comme le développement de nouveaux marchés ou des réglementations concernant les énergies fixées par l’État.

En soit, tout ce qui touche à l’impact sur la filière. On montre aux collectivités comment mettre en œuvre la transition énergétique et comprendre ses contraintes.

 

« Toujours voir ce qui se passe pour pouvoir leur faire des propositions. »

 

Et pour Le Monde, depuis quand as-tu rejoins la rédaction, ? Et à quelles tâches te dédies-tu ?
J’ai commencé au Monde lors des élections législatives en 2024. Il n’avait personne pour traiter les élections ici. Aucune correspondance locale. Donc ils m’ont proposé le poste. En 2024 et en 2025, j’ai dû écrire 4 / 5 articles par an.

Et mon travail pour Le Monde, ça n’a rien à voir avec celui produit pour l’Observatoire des énergies renouvelables. Mon champ de compétences prend la forme du territoire. Donc je suis censé, normalement, pouvoir traiter tous les sujets dans le Puy-de-Dôme, dans le Cantal et la Haute Loire.

Donc tu es totalement généraliste ?
Après il y a des thèmes que je ne traite jamais. Par exemple le service Culture du Monde ne travaille pas avec les correspondants. Donc avant, quand je travaillais le quotidien La Croix, je faisais vraiment toutes les thématiques. Mais aujourd’hui, pour Le Monde, là je m’occupe surtout de l’économie et de la politique.

Je pourrais aussi faire l’environnement, il est vrai. Toutefois, pour le moment, je n’en parle pas trop encore. Ce qui me permet de changer de sujet. De varier.

Si je comprends bien, tu te concentras davantage surtout su l’Observatoire des énergies renouvelables et la Maison Écologique ?
Oui parce que ce sont des journaux qui me commandent souvent des articles. Donc j’ai juste qu’à dire « oui ». Au contraire du Monde.

Attention, pour Le Monde, il faut que je cherche de mon côté des sujets. Après je leur propose. Et il me réponde favorablement si le média est intéressé. Alors, parfois, ça arrive que Le Monde me commande des articles. Mais c’est quand même beaucoup plus dans ce sens là. Ainsi, je dois surveiller mes départements, mon territoire. Toujours voir ce qui se passe pour pouvoir leur faire des propositions.

Retour vers le passé

Pour quelles raisons as-tu quitté La Croix, après avoir passé un peu moins de 20 ans, pour Le Monde ? 
Comme je te l’ai raconté, c’est Le Monde qui m’a appelé pour devenir leur correspondante locale. Cet appel est arrivé à un moment où j’en avais vraiment marre de travailler à La Croix. Donc ça tombait super bien.

La Croix, c’était vraiment génial les premières années. J’ai travaillé pour un super journal et un super magazine, qui paraît le week-end. Mais les difficultés économiques ont beaucoup pesé. C’est devenu très compliqué avec les correspondants. Et ça se passait très mal aussi au sein de la rédaction en raison d’un effectif réduit qui nous mettait sous pression. Du coup, il y avait vraiment une mauvaise ambiance. Ainsi, Le Monde est arrivé à point. C’était l’occasion de partir.

Est-ce que tu as pu noter des différences éditoriales entre La Croix et Le Monde ?
Ah oui, alors La Croix, déjà, c’est un journal très humaniste. On cherche toujours les histoires humaines. On se pose la question sur comment on va s’en sortir. Donc beaucoup de positivité. On parle des personnes qui mettent en œuvre des choses pour que ça aille mieux. Montrer des choses positives est quand même très agréable.

Mais bon, peut-être qu’au bout d’un moment, j’en avais un peu marre aussi. Le Monde adopte beaucoup moins cet angle là. C’est plus « neutre ». Moins ce côté vraiment humaniste.

 

« A la base, je pensais partir au bout de 3 mois… »

 

Pour revenir un peu plus spécifiquement sur toi, est-ce que tu peux nous décrire ton parcours notamment universitaire ?
J’ai commencé par de l’éthologie. Je possède un master recherche en éthologie. Cela concerne l’étude du comportement animal. Pourquoi l’éthologie ? Tout simplement parce que j’adore les animaux. Je vais peut-être y revenir d’ailleurs…

Après, j’ai créé une association avec des gens que j’avais rencontrés dans mon master recherche. Et cette association fut fondée pour faire des enquêtes sur des régions du monde qui avaient mis en œuvre le développement durable. A l’époque, le développement durable était une notion totalement nouvelle.

Donc ce fut l’occasion de voir concrètement ce que ça voulait dire, comment ça pouvait prendre forme et les écueils aussi. Et pour répondre à cet objectif, on a fait des reportages par exemple en Amazonie au Brésil. C’était super… Sauf que ce n’était pas très rémunérateur, voire pas du tout puisqu’on travaillait tous à côté.

Et c’est à ce moment qu’est intervenu le journalisme ?
Oui ensuite, j’ai repris une école de journalisme avec une formation journalisme et scientifique. Je fus formée, en un an, à la presse écrite. Puis j’ai été pigiste tout de suite. Moi je voulais être pigiste dès le début. C’était vraiment mon choix.

Et j’ai su que La Croix cherchait quelqu’un à Clermont-Ferrand. Alors je n’étais jamais venue à Clermont auparavant, et je n’avais jamais lu La Croix. Mais je me suis dit : c’est l’occasion. A la base, je pensais partir au bout de 3 mois… Puis en fait, je suis toujours là.

Pour terminer sur ton travail avec les différentes organes de presse. On peut maintenant évoquer l’enquête pour Les Jours, que tu as co-menée avec Nicolas Cheviron, autre journaliste  adhérent au Club de la Presse. Peux-tu nous la présenter ?
Cette enquête pointait le problème du traitement administratif très long pour les procédures concernant les individus sans papiers. Ce traitement se retrouve être plus lent dans le Puy-de-Dôme que dans tous les autres départements. L’idée était ainsi de mener l’enquête là-dessus, sachant que j’avais déjà reçu des échos dans le milieu associatif. Et ils avaient vraiment l’air d’insister sur le fait qu’il existait vraiment une spécificité dans le département.

Il fallait vraiment faire quelque chose. Et Nicolas avait aussi cette même intention. Donc nous avons proposé, au média en ligne Les Jours, une enquête bien développée. C’était la première fois que je travaillais à deux, et c’était vraiment super.

Les communicants, entre éléments essentiels et obstacles

Pour quelles raisons il t’arrive d’échanger avec des chargés de communication ?
Il m’arrive d’échanger avec les communicants pour beaucoup d’articles effectivement. Dans les énergies renouvelables, par exemple, ça m’arrive très souvent. Donc c’est avant tout pour rentrer en contact avec des gens.

Souvent les entreprises possèdent un service de communication ou un service de presse. Et c’est cet organe qui nous met en relation avec les bonnes personnes. Cette disposition est très utile parce que les services de communication ont une expertise pour répondre à nos questions et bien nous aiguiller.

Ce lien avec les communicants passe-t-il aussi par le communiqué de presse ? Est-ce que tu en reçois beaucoup et consultes-les-tu ?
Alors j’en reçois beaucoup oui. Je pense comme tous les journalistes. Est-ce que je les consulte ? J’essaie de les lire vite fait. Après je les classes parfois. Je concentre ceux sur le domaine des énergies renouvelables, comme je fais vraiment un suivi assez poussé dessus.

Puis, un jour, quand je me charge d’une enquête à faire, je n’ai plus qu’à rechercher là-dedans. Je tape des mots clés dans ma boîte mail et elle me retrouve ce qui m’intéresse. Je récupère comme ceci les informations transmises par les communicants. Et je m’appuie sur ces communiqués de presse pour faire des articles ou pour récupérer le nom des acteurs et leurs coordonnées.

De plus, ça me sert aussi beaucoup pour régler un problème quand on est journaliste spécialisé. Nous détenons un réseau solide sur notre champ de spécialisation. Et, du coup, on a tendance à aller vers la facilité et à ne s’appuyer qu’exclusivement sur ce réseau-ci. Ces communiqués permettent donc de bien diversifier nos contacts.

 

« Je trouve que ce fonctionnement de la conférence de presse est très bien. »

 

Et dans le même temps, je reste sur les échanges entre communicant et journalistes. Il existe un lieu vraiment central, c’est la conférence de presse. Est-ce que tu t’y rends régulièrement ?
Non, j’en fais très peu. Cela s’explique par mon travail à dimension nationale. Donc je ne vais que très rarement aux conférences de presse locales. Après, pour Le Monde, ça m’est arrivé récemment pour les élections municipales.

Par exemple, je me suis rendue au lancement de campagne de la Fédération socialiste. Elle avait organisé une soirée où elle présentait tous leurs candidats du Puy-de-Dôme. Je pensais, à l’occasion, trouver des villes avec des candidats sympas, qui changeaient. Et banco, j’y ai trouvé un sujet intéressant. Une candidate au Cendre, très jeune avec 25 ans. C’est drôle car quand elle est née, le maire actuel était déjà en place. Elle a donc toujours connu ce maire. Elle fait même partie de la dernière équipe municipale de la ville. Et aujourd’hui, elle s’oppose face à ce maire.

Par conséquent, les conférences de presse constituent de bonnes initiatives. Elles contribuent à réunir plusieurs acteurs à un même endroit. On peut leur poser nos questions et prendre leurs contacts. Je trouve que ce fonctionnement est très bien.

Est-ce que ça te dérange de t’adresser au service de communication au lieu de parler aux acteurs directement ? Est-ce que les chargés de communication ne sont pas, parfois, un intermédiaire qui crée une barrière entre journalistes et acteurs de la société ?
Pour apprécier la réponse de Géraldine Houot à cette interrogation, une seule manière. Il faut écouter le podcast sur son portrait, avec le bouton ci-dessous. Vous retrouverez également plus de détails sur sa carrière, le « Tu préfères » et le jeu Good News / Fake News.

Classement du jeu Good News / Fake News

Émilie Fernandez 5/7
Damien Caillard 5/7
Daniel Desthomas 5/7
Marc Chaumeix 5/7
Frédéric Torrent 4/7
Lila Boulandet 3/7
Géraldine Houot ???