Président du Club de la Presse de 1994 à 1997, Daniel Desthomas connaît bien notre association. Mais connaissons-nous bien Daniel ? Journaliste durant de longues années à La Montagne, Daniel nous transmet dans son portrait de nombreuses anecdotes pas piquées des hannetons. Pour profiter de cette expérience haute en couleur, deux seuls moyens complémentaires : en podcast sous ce lien et en article avec ce qui vient.

Daniel, qu’est-ce qu’un journaliste ?
Un journaliste ? C’est quelqu’un qui informe la population des faits qui se produisent dans l’existence. Il vérifie ses informations car il y a une obligation de les vérifier, contrairement à ce qui se passe sur Internet et sur les réseaux sociaux.
Toi, qu’est-ce que tu aimes dans ce métier de journaliste ?
J’aime d’abord le rapport aux gens. On obtient des contacts avec des personnes. J’aime aussi justement informer les lecteurs de la manière la plus aisée possible, avec de l’approfondissement sur chaque sujet. Et moi ça m’a permis apprendre tous les jours. J’ai toujours appris. J’ai même continué à faire des études, tout en étant journaliste.
Raconte-nous tout. Comment s’est composée ta carrière ?
Ma carrière, elle a commencé en fin 1964, où je suis rentré à La Montagne. Alors je ne sors pas d’une école de journaliste. A l’époque, beaucoup de journalistes entraient à La Montagne avec uniquement le Bac. Moi, j’avais fait des études de lettres à la faculté de Poitiers. Bon, j’avais un peu raté mes études.

Donc quand je suis rentré à La Montagne, ils m’ont pris à l’essai pendant 3 mois. Au bout de ces 3 mois, soit tu intégrais La Montagne, soit bien il ne te prenait pas. Tout dépendait de ce que tu avais produit pendant cette période. J’étais satisfait de ce que j’avais fait. Et ils m’ont embauché, par la suite, en contrat indéterminé. C’était la belle époque.

 

« Ce travail de trier, sélectionner et mettre en forme l’information, c’était le mien. »

 

Et que faisais-tu au départ à La Montagne ?
J’ai commencé par travailler au service local de La Montagne. Ça traitait aussi bien des chiens écrasés, des faits divers, les compte-rendus de réunions,… On voyait le terrain. On avait un chef de service à l’époque qui nous disait toujours : « baladez-vous en ville à pied, c’est là que vous allez apprendre ». On apprenait des tas de choses aussi en discutant avec les élus, en discutant avec les pompiers, avec les policiers. Donc on obtenait tout un tas de petites informations, qui étaient très lues par nos lecteurs.
Ensuite ?
Après, je suis passé au service régional. Cela comprenait les éditions de la Corrèze, de la Creuse et du Cantal. Sans Internet, on faisait des maquettes sur papier des éditions. Pour cela, il fallait recevoir les papiers des correspondants. Et c’est la Poste qui nous les livrait. On dépiautait les nouvelles, reçues souvent la nuit. Puis, on corrigeait ces copies venues de correspondants de Brive, Tulle, Aurillac, Saint-Flour, Guéret,…

En effet, on modifiait des fois leurs titres, les tournures de phrase. On mettait l’édition en forme. Ces petits correspondants n’étaient d’ailleurs pas payés par La Montagne, mais en échange de leur papier, on leur envoyait gratuitement le journal.

 

« J’ai reçu beaucoup de courriers. Aussi bien pour me critiquer, que pour me dire bravo. »

 

Tu as arrêté la Régionale en 1973 pour une autre édition.
Oui effectivement, après je suis passé aux informations politiques. Dans le service, on était une dizaine à peu près. On recevait des dépêches de l’Agence France Presse, aussi de l’agence anglaise Reuters, par Téléfax. Elles arrivaient par paquets entiers, et on était donc amené à les trier et à ne retenir que les informations qui nous paraissaient essentielles.
Dans ces informations politiques, il y avait une page « France », une « étranger » et une « faits divers ». Moi je m’occupais de la page France. Une page complète où je pouvais faire rentrer 7 à 10 informations.

Donc l’essentiel du boulot concernait la forme. On dessinait notre page et on reprenait les papiers de l’AFP. Nous, on faisait les titres, les chapeaux pour donner l’essentiel de l’info dans ces parties. Ce travail de trier, sélectionner et mettre en forme l’information, c’était le mien et ça l’est encore aujourd’hui pour les journalistes.

Mais tu n’es pas resté non plus bien longtemps aux informations politiques.
Un jour, ils ont nommé un chef de service des informations politiques. C’était un copain du rédacteur en chef René Bonjean. Et je n’étais pas tout à fait d’accord d’être sous ses ordres. Alors René m’a proposé de faire la rubrique « On en parle ».

Les « On en parle » traitait d’un fait d’actualité. Cela pouvait être sur l’étranger, comme la guerre au Kosovo par exemple. Ce sujet, je le choisissais librement au début de l’après-midi, à partir des dépêches reçues.

Je n’ai jamais subi de censure, hormis sur un sujet des « On en parle ». Comme à chaque fois, je déclare le thème à mon rédacteur. Et ce jour-là, j’avais choisi de parler de la scientologie. Et mon rédacteur a refusé. On avait déjà eu un procès avec les scientologues et ils en font systématiquement quand on les attaque. « D’accord, j’en choisi un autre », ai-je répondu.

Voilà, les 7 dernières années, j’ai écrit des « On en parle ». Et j’ai reçu beaucoup de courriers. Aussi bien pour me critiquer, que pour me dire bravo. C’était assez agréable comme ça.

Daniel et ses relations

Et à-côté, il me semble bien que tu t’occupais aussi d’une rubrique de jazz.
Alors oui, cette rubrique c’était en plus de ce que j’effectuais déjà. Je n’étais pas payé pour l’écrire. Je l’ai faite parce que j’étais un fan de jazz. J’écrivais des papiers quand il y avait des groupes de jazz qui jouaient dans les clubs de l’époque. Également sur les musiciens du coin quand il sortaient des disques. C’était une petite rubrique qui était occasionnelle, si tu veux.

C’est comme ça, d’ailleurs, que j’ai rencontré Xavier Felgeyrolles. Xavier est celui qui a monté le festival Jazz en Tête en 1989. On se rencontrait souvent à La Montagne, et on allait voir des concerts de jazz ensemble. Puis un jour, il m’annonce : « Je crois que je vais monter un festival de jazz. Est-ce que tu veux être de la partie ? » Et j’ai accepté la proposition. J’ai pu devenir un des fondateurs du festival de Jazz en Tête. Le festival existe toujours et a fêté, l’année dernière, sa 38e édition.

D’ailleurs, quelles relations entretenais-tu, toi journaliste, avec les acteurs locaux ?
La Montagne se situait rue Morel Ladeuil, et les portes étaient ouvertes à tout le monde. C’est-à-dire que tous les jours, que ce soit au service local, au service des sports, des gens venaient. Des présidents d’association, des hommes politiques,… Ils apportaient des communiqués. Et on avait régulièrement avec eux des discussions à bâton rompu. Des moments qui n’existent plus.

Maintenant, c’est terminé ce genre de rapport avec la population. Aujourd’hui, quand on rentre à La Montagne, il faut de suite montrer patte blanche. Tout est fermé, verrouillé. Il faut qu’un journaliste descende pour vous ouvrir la porte. À l’époque, pas du tout.

Mai 68, on recevait les syndicats. C’était porte ouverte. Avec toute cette effervescence politique, les syndicats nous transmettaient leurs communiqués. On les passait tous. Quelque soit le bord. De gauche, de droite, du centre, de la CGT, de la CFTC, de la CFDT,… Et il n’y a jamais eu d’accident. Jamais de problème même avec les gens qui manifestaient dur. Je pense que La Montagne n’a jamais vendu autant de journaux qu’à cette époque-là.

 

« On leur posait des questions en même temps qu’on leur fournissait le café et les croissants. »

 

Étais-tu plutôt de l’équipe du matin ou du soir ?
Alors à cette période, je travaillais tard le soir au journal. Ça allait jusqu’à 1h, 2h du matin. On pouvait reprendre des pages jusqu’à tard la nuit. Je me rappelle de la mort de Fernand Reynaud en 1973. On l’a appris vers minuit-1h. Et on a donc dû refaire tout le journal jusqu’à 3h du matin pour sortir cette info. La chute du Mur de Berlin est également un autre bon exemple. Cela a toujours existé des événements qui tombent comme ça, même si c’était assez rare.

Vu que je travaillais le soir, le matin j’étais assez libre. Je suivais des cours de psychologie sociale, une bonne partie en tout cas. J’ai pu passer une maîtrise de psychologie, puis un DEA en sociologie (diplôme d’études approfondies). Ensuite, j’ai profité de ces temps libres pour donner des cours à la faculté des lettres notamment.

Est-ce que tu aimais participer aux conférences de presse ?
Écoute, des conférences de presse, il n’y en avait pratiquement pas à l’époque. On n’avait pas du tout des conférences de presse. Au Club de la Presse par contre, il y avait des petits déjeuners sur un thème.

C’est-à-dire, on pouvait inviter des personnages comme un politique, le commandant des pompiers, le directeur de la sécurité sociale par exemple. On était une dizaine en tout. Et, nous les journalistes, on leur posait des questions en même temps qu’on leur fournissait le café et les croissants.

Mais on comptait plus de communicants que de journalistes. Les journalistes manquaient de curiosité. C’est dommage, car ce genre de rencontres donnait de bons reportages.

Quels éléments centraux peux-tu identifier pour différencier le métier de journaliste et le métier de communicant ? Des métiers qui vivent dans le même univers ,mais qui sont totalement antinomiques.
Pour découvrir, le portrait plus détaillé de Daniel, ses réponses au Oui / Non et le jeu Good News / Fake News, vous pouvez prendre, ci-dessous, connaissance du podcast.

Classement du jeu Good News / Fake News

Émilie Fernandez 5/7
Damien Caillard 5/7
Frédéric Torrent 4/7
Lila Boulandet 3/7
Daniel Desthomas ???