Elle rencontrait les agriculteurs de toute l’Auvergne, Bénédicte Boissier revient aujourd’hui sur son parcours. Journaliste notamment pour le monde agricole, Bénédicte nous transmet ses nombreuses anecdotes dans ce portrait. Il est à retrouver via cet article ou en podcast via ce lien.

Bénédicte, est-ce que rencontrer des acteurs locaux, en l’occurrence des agriculteurs pour toi, figurait dans tes grandes missions de journaliste ?
Oui clairement. En ce qui me concerne, j’ai beaucoup travaillé dans le domaine agricole et environnemental, avec l’Auvergne Agricole. J’ai eu la chance, mais merveilleuse, d’être accompagnée par des techniciens et des techniciennes sur les exploitations agricoles.

Ils et elles m’ont aidé à m’introduire chez les agriculteurs. Ce n’est pas facile car les exploitants agricoles expriment de la méfiance envers les journalistes. Donc je tiens vraiment à souligner cette aide humaine, cette aide qui m’a permis d’avoir quelques papiers.

Comment se déroulaient ces rencontres entre les agriculteurs et toi ?
Je suis vraiment rentrée dans l’intimité des agriculteurs. Alors je t’explique comment ça se passait. Tu te rends chez les éleveurs, il faut déjà savoir qu’on compte plus d’éleveurs que de céréaliers dans le Puy-de-Dôme.

Donc tu arrives, ils te remarquent : « Oh là, une journaliste ! » Heureusement, comme je te le racontais, j’étais accompagnée par des connaissances de ces agriculteurs. « Tu sais ? Bénédicte, c’est une amie. Tu peux lui faire confiance. »

Tu rentres dans l’étable, tu discutes, tu prends note, et souvent tu te cailles. Et à la fin de l’échange, après un bon café, ils te demandent : « Je pourrai relire ? — Non, par contre je t’assure que cela va bien se passer. »

 

« Cette colère ? Il faut l’entendre. »

 

Tu as travaillé avec l’Auvergne Agricole durant de nombreuses années. Qu’est-ce que tu as appris de ton expérience de journaliste dans le secteur agricole ? Est-ce que tu as évolué grâce à ce secteur-ci ?
Mais bien sûr, bien sûr. Surtout dans la relation de confiance avec autrui. C’est ce que j’essaie de te raconter : tu ne rentres pas comme ça chez les gens.

Au départ, je ne connaissais vraiment rien à l’agriculture. Et plus ça allait, plus j’apprenais sur le milieu, plus j’ai trouvé les personnes formidables. Évidemment, il m’est arrivé de rencontrer des personnes hostiles où nous avons dû rebrousser chemin. Mais c’était une part infime.

Tu voyais plutôt la face de la passion de ces agriculteurs. Tu comprends tout l’amour qu’ils portent à leur métier. C’étaient des personnes qui avaient les mains dans le cambouis. « Au cul des vaches », comme disait Jacques Chirac. Et ces vaches, elles adorent leurs agriculteurs.

Est-ce que les agriculteurs te faisaient passer des messages ? On sait que leurs conditions économiques étaient, et demeurent aujourd’hui, très précaires.
Ils se plaignaient bien sûr, c’était bien normal. Mais il y a toujours eu beaucoup de dignité chez les agriculteurs. Ils demandaient juste de vivre de leur métier. Pas de charité, pas de subventions, juste qu’on leur paye au juste prix. Et ces revendications sont encore actuelles. Cette colère, il faut l’entendre.

Bénédicte, une femme pas destinée au journalisme…

Pour évoquer une autre part de ta carrière, il n’y a pas que l’Auvergne Agricole, tu es aussi passée par Regard d’Aînés. C’est un mensuel dédié aux retraités de la ruralité. On sait que la consommation de la presse est plus forte chez les retraités que chez les autres catégories générationnelles. Pourquoi d’après toi ?
Il est vrai que la population agricole est très vieillissante. Et cette population, elle a des choses à raconter. Et je dénonce, dans la société en général, une « vieillophobie » absolument hallucinante. On n’écoute pas ce pan générationnel. Pourtant, les aînés ont des savoirs à transmettre.

Quand j’ai pris ma retraite, on m’est tombé dessus. « Qu’est-ce que tu es nantie ! » Mais je ne l’ai pas volée ma retraite, j’ai travaillé pour.

 

« J’ai assisté à une collecte de semence du taureau. A 35 ans, ça m’avait mis mal ! »

 

Pour en revenir à tes expériences professionnelles, tu avais vocation au départ à devenir journaliste ?
Ah non, au début je n’étais pas du tout journaliste. J’ai commencé dans la communication à la direction départementale de l’équipement de l’Allier. Je suis arrivée avec un Bac +5 en tant que documentaliste. Puis j’ai grimpé les échelons, jusqu’à devenir dircom et même cheffe de cabinet.

Et un jour, mon mari prit le train pour se rendre à Clermont-Ferrand. Il tomba sur une connaissance. Cet homme sauta sur l’occasion pour lui présenter son offre : « Si Bénédicte cherche un poste, il y a la DATAR [Délégation interministérielle à l’aménagement du territoire et à l’action régionale] qui cherche un secrétaire général. » Mon mari m’en a parlé, j’y suis direct allée.

Mais tu n’es pas restée bien longtemps à la DATAR… 
Un jour, le nouveau commissaire à l’industrialisation à la DATAR m’annonce une information fatidique. « Je ne veux pas du secrétaire général de mon prédécesseur, alors, tu te casses. » Bénédicte, au chômage !

Je regarde les offres à droite et à gauche, jusqu’à l’appel d’une copine. Elle m’annonce qu’un poste libéré pourrait me convenir. Lequel ? Journaliste pour le BTIA, le bulletin technique de l’insémination animale.

Même si je n’avais aucune compétence dans ce domaine, je savais rédiger et c’est pour cette raison que j’ai été acceptée. Ma première mission ? Assister à une collecte de semence du taureau. A 35 ans, ça m’avait mis mal !

Les petits-déjeuners de presse, un classique !

Est-ce que tu peux nous parler maintenant sur la manière dont tu pouvais échanger avec les chargés de communication, que ce soit d’une institution ou d’une entreprise ?
On échangeait avec les responsables de communication lors des petits-déjeuners de presse qu’on avait à l’époque. On invitait les journalistes autour d’un sujet et d’un acteur. C’était un format chouette. Mais on ne le fait plus aujourd’hui…
Pour quelle raison ?
Le problème, c’est que les journalistes sont overbookés. Je crois qu’ils n’ont plus l’autorisation d’y assister. On leur dit de ne pas trop passer de temps à échanger, alors qu’ils peuvent obtenir les mêmes infos via Internet ou par un communiqué.

On a essayé de relancer cette habitudes des petits-déjeuners de presse, il n’y avait personne. Ah si ! La dernière fois, on avait invité un homme qui avait mis une caméra sur un aigle au dessus du Sancy. Et là, par contre, on avait attiré du monde. Peut-être que le fait de trouver un thème clinquant est la clé ? Un thème qui buzz.

Après, il existe des sujets moins viraux, qui pourtant sont d’intérêt public et mériteraient une communication via ce format.
Je te prends un exemple. Mettre des arbres avenue de la Libération, à Clermont-Ferrand. Pourquoi on coupe des arbres et on n’en plante pas à des endroits ?

On peut inviter un élu de la ville, et il s’explique. Moi, je me suis posée longtemps la question. Je ne comprenais pas la raison. Jusqu’au jour où on m’explique que c’est de la faute des câbles sous-terrain. Il n’y a pas assez de racines au fond, si on ne les coupe pas, les arbres se déracinent. Tu vois ? Là l’échange fut primordial dans ma compréhension du sujet.

 

« Ce métier est ingrat. »

 

Tu décris donc un format des petits-déjeuners qui marchait bien avant. Ne comptait-il pas quand même quelques défauts ?
Il y avait une chose qui m’agaçait. Tu sais que La Montagne est un média local très populaire. Donc à chacune des interventions, l’acteur central du petit-déjeuner ne commençait pas tant que le journaliste de La Montagne n’était pas arrivé.

Et on devait attendre. Généralement, on comptait autour de la table un journaliste d’Info Magazine, quelqu’un du Semeur Hebdo et moi de l’Auvergne Agricole. Tu vois déjà que cela attirait quasi exclusivement que la presse écrite, la télévision ne venait que bien trop rarement.

Et une fois, à force d’attendre très longtemps le journaliste de La Montagne, je suis partie. Je suis sortie avec deux, trois collègues. Mais les acteurs, tant qu’ils avaient La Montagne, ils s’en fichaient pas mal.

Après, malgré cet épisode, on peut convenir que le métier de chargé de communication reste compliqué.
Tu sais, je dis toujours que ce métier est ingrat. Quand tout va bien, c’est grâce au patron. Puis quand tout va mal, c’est de la faute du chargé de communication. C’est d’une ingratitude

Je préfère encore être journaliste, mais de très loin. Quand on t’attribue toute la faute dès que l’idée se plante, c’est dur.

Tu préfères être journaliste… Mais as-tu déjà réfléchi, durant ta carrière, à arrêter ce métier ?
Pour connaître la réponse à cette ultime question, c’est en direction du podcast que nous devons nous diriger. Vous en apprendrez bien plus de Bénédicte, vous entendrez le Oui / Non ainsi que le jeu Good News / Fake News.

Le Top 10 du jeu Good News / Fake News

Hadrien Barrau 7/7
Nicolas Cheviron 7/7
Géraldine Houot 6/7
Marc Chaumeix 5/7
Daniel Desthomas 5/7
Damien Caillard 5/7
Émilie Fernandez 5/7
Sonia Reyne 4/7
Frédéric Torrent 4/7
Adrien Fillon 3/7
Bénédicte Boissier ???